Arkheia, revue d'histoire

Manuel Azaña et l’exemple de la laïcité française

Par Bruno Vargas
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Article publié dans
Azana 1/ Arkheia n°19 hors série
Auteur : Bruno Vargas, maître de conférences en histoire contemporaine au Centre universitaire Jean-François Champollion, Albi.

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Dans ses carnets de mémoire, le dirigeant socialiste Rodolfo Llopis raconte son entrevue avec Manuel Azaña le 25 septembre 1940, quelques semaines avant la mort de l’ancien président de la Seconde République espagnole : « Avant d’entrer, le médecin me prie d’être bref et de ne pas être surpris si les paroles d’Azaña n’ont aucun sens. Azaña est alité, […] sa tête énorme m’impressionne, sans lunette, le teint blafard. Dans la pièce, son épouse et le général Sarabia sont là. Azaña me prend les mains. - Regardez dans quel état je suis. J’ai appris qu’on vous avait importuné et… Quelle bêtise ! Vous, en résidence surveillée ; vous ! Quelle trahison ! Ils font cela aux véritables amis de la France. Car notre sympathie pour la France, celle de toute la démocratie espagnole, nous ne l’inventons pas aujourd’hui. Cela fait longtemps, très longtemps. » Ces quelques paroles de Manuel Azaña, au crépuscule de sa vie, résument bien l’attachement de coeur mais aussi, et surtout de raison, qui l’unissait à la France. La France républicaine a été pour bon nombre d’hommes de lettres et d’hommes politiques espagnols du premier tiers du XX e siècle, une source d’inspiration et le reflet dans lequel leurs idées trouvaient une application pratique. Cependant, on aurait tort de penser que ces intellectuels et militants politiques qui formèrent la classe politique de la Seconde République - partis républicains bourgeois et parti socialiste - ne firent que plaquer le modèle républicain français sur une réalité espagnole bien différente. Un discours en vogue chez les opposants au régime républicain d’alors, mais qui pas plus en 1931 qu’aujourd’hui ne correspond à la réalité des faits. En 1911, Manuel Azaña - fonctionnaire au ministère de la Justice - bénéficia d’une bourse du Comité de poursuite des études pour étudier le droit comparé à Paris. Il portait déjà en lui, de par sa formation, les idées de laïcité et démocratie. À partir de cette date, et jusqu’en1920, année de son deuxième séjour prolongé en France, le futur homme politique républicain va se plonger dans l’étude de l’État républicain français. En ce sens, il est un enfant du libéralisme espagnol, qui de la constitution de Cadix (1812) aux premières années du XXe siècle se transforma au gré des circonstances espagnoles et européennes. On notera avec intérêt que le concept de République n ’apparaîtra que bien plus tard dans le vocabulaire politique de notre personnage. Preuve, s’il en est, que sa réflexion politique sur la réalité espagnole du début du siècle dernier ne l’amène pas encore à associer le régime républicain à la démocratie et à la laïcité. C’ est un homme mûr, âgé de 31 ans, qui arrive à Paris en cet automne de 1911. Il est, comme il le dit lui-même, un intellectuel, un bourgeois, un libéral. Docteur en droit de l’université (...)

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