Arkheia, revue d'histoire

Manuel Azaña et la culture française

Par Jospeh Pérez
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Article publié dans
Azana 1/ Arkheia n°19 hors série
Auteur : Jospeh Pérez est professeur d’histoire émérite de l’université Michel-de-Montaigne, Bordeaux et ancien directeur de la Caza Velzaquez.

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En 1940, paraissait à Madrid un livre sur les rapports de l’Espagne et de la France. Dans la préface on pouvait lire cette phrase :« Azaña est le prince de nos francophiles » ( el príncipe de nuestros francófilos ). Si l’on pense à la date de publication, à la maison d’édition - la Editora Nacional, création du régime qui en a confié la direction à un jeune phalangiste : Pedro Laín Entralgo, proche du cuñadísimo Ramón Serrano Suñer - et à la personnalité du préfacier - Antonio Tovar, lui aussi phalangiste et fidèle de Serrano Suñer -, on comprend que la phrase n ’ est pas un compliment. Définir Azaña comme le plus éminent des francophiles espagnols, c’est l’accuser de trahir sa patrie et de représenter l’anti - Espagne. Dans l’esprit du nouveau régime, en effet, le malheur de l’Espagne vient de ce qu’elle s’est mise à l’école de la France des Lumières, de la Révolution française, du libéralisme politique, de la laïcité… Ce n ’ est pas à la France républicaine, ni même à la France de Vichy, que l’Espagne de Franco demande des modèles, mais à l’Allemagne nazie : Serrano Suñer, Laín, Tovar… admirent les nazis ; ils ne s’en cachent pas ; ils souhaitent leur victoire. Laín et Tovar évolueront vers le libéralisme à partir de 1956, mais ils n’ont jamais caché qu’entre 1938 et 1945 leurs sympathies allaient aux nazis, comme le reconnaît le premier : « C’est une chose avérée que le phalangisme traditionnel et les intérêts qui lui étaient associés aient placé leurs espoirs dans une victoire européenne de l’Axe ». AntonioTovar Llorente ( 1911- 1985 ), linguiste, a fait ses études à Alcalá de Henares - comme Azaña -, il a été élève du collège des Augustins de l’Escorial - comme Azaña encore- , à Madrid, puis à Paris où , toujours comme Azaña , il obtient en 1935 une bourse de la Junta para ampliación de Estudios, enfin à Berlin. De 1951 à 1956, il a été recteur de l’université de Salamanque. En désaccord avec le régime, il est contraint à l’ exil ; il finira sa carrière comme professeur à l’université de Tübingen. Quant à Pedro Laín Entralgo (1908-2001), il a été directeur de la Editora Nacional et recteur de l’université de Madrid de 1952 à 1956. Avant d’aller plus loin , il faut écarter tout malentendu.

Les élites espagnoles n ’ admiraient pas toujours la France d’une manière inconditionnelle. Contrairement à ce qu’on croit parfois en France, les libéraux espagnols, en particulier, ont été nourris de culture française, certes,mais cela ne les a pas empêchés de se mettre à l’école de l’Allemagne. Ce qui nous trompe, c’est que, la plupart du temps, les idées allemandes arrivent en Espagne par l’intermédiaire de traductions françaises, mais l’ampleur de cette germanophilie ne fait pas de doute. Elle remonte au moins au XIXe siècle, au moment où Sanz del Rio s’était rendu (...)


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