Arkheia, revue d'histoire

Manuel Azaña et le bon vouloir de Vichy

Par Guillaume Bourgeois
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Article publié dans
Azana 2 / hors série
Guillaume Bourgeois maître de conférences à l’université de Poitiers.

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Au cours du mois de juillet 1940, le malheur des vaincus qui avait frappé Manuel Azaña foudroie les anciens chefs de la III e République, brimés, accusés puis réprimés par ceux de leurs anciens collègues qui se voient curieusement dans la peau des vainqueurs. Les frontières du territoire hexagonal redeviennent étanches afin d’interdire toute fuite aux fautifs ; quant au régime, il évolue clairement dans la dernière partie du mois, à l’insistance de Laval, vers la recherche d’une meilleure entente avec les Allemands, amorce d’une première collaboration. Il ne peut donc y avoir de contexte plus défavorable à l’ancien président de la République espagnole. Mais voici qu’un pays sympathisant de sa cause, le Mexique, propose de le prendre en charge, comme il compte le faire pour la totalité des Espagnols réfugiés en France… Une aubaine ou un piège ? Une impasse, comme nous le verrons à la lumière d’une séquence inattendue d’événements révélés par les archives de Vichy.

La fermeture des frontières

L’affaire du paquebot Massilia sert de toile de fond au règlement de comptes initial. Le 20 juin 1940, en fin de journée, au port du Verdon, certains hauts personnages politiques s’étaient embarqués dans une indescriptible cohue pour Casablanca, avec l’espoir de continuer le combat, pariant qu’ils seraient bientôt rejoints dans l’Empire par tous les autres chefs de file de la République. Ils apprirent en mer que le gouvernement entendait demeurer à Bordeaux et qu’il avait demandé l’armistice. Pris au piège et considérés comme des fuyards, ils étaient désormais loin de tout, soumis à un équipage qui refusait de leur laisser quitter le navire et à l’hostilité des autorités représentatives au Maroc : débarquant finalement le 27 juin, Édouard Daladier, Jean Zay et Joseph Campinchi, furent notamment conspués et bombardés de projectiles. Georges Mandel était placé le 3 juillet en résidence surveillée et tous les parlementaires français fermement invités à rester en Afrique du Nord ; il leur était impossible de participer au vote décisif du casino de Vichy, une aubaine pour leurs adversaires ! La décision générale de fermeture des frontières est prise le 22 juillet probablement, en correspondance avec les préparatifs du procès de Riom où seront présentés les supposés responsables de la défaite. Des mesures de surveillance individuelle visent particulièrement Léon Blum, Paul Reynaud, Édouard Daladier, Pierre Cot ainsi que le général Maurice Gamelin ; on en connaît la teneur à travers une série de télégrammes, préparatifs à l’internement de ces hommes, le 6 septembre. De nouvelles dispositions empêchent le retour des citoyens ayant quitté la France depuis le début des opérations militaires, interdisant en sens inverse le départ des spécialistes militaires français tentés de rejoindre les Britanniques par le littoral (...)


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