Arkheia, revue d'histoire

Manuel Azaña et le bon vouloir de Vichy

Par Guillaume Bourgeois
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Article publié dans
Azana 2 / hors série
Guillaume Bourgeois maître de conférences à l’université de Poitiers.

(...) méditerranéen. Difficile d’aborder la part montalbanaise du destin de Manuel Azaña sans prendre en compte cet état de forteresse assiégée ! Dans ce contexte intervient une initiative mexicaine qui offre à Manuel Azaña l’espoir de recouvrer une patrie d’accueil. Le président Lazaro Cardenas, nationaliste de gauche antifasciste, avait été clairement hostile au soulèvement franquiste et le Mexique était devenu une terre de repli éloignée pour les réfugiés espagnols, plus accueillante encore que le Chili ou la République dominicaine où les républicains ibériques étaient déjà quelques milliers. Au Mexique, les courants républicains espagnols s’exprimaient à travers une presse librement publiée, d’où partaient d’ailleurs de virulents mots d’ordre contre les camps d’internement français du Midi. Une mobilisation bien orchestrée avait obligé les représentants français à organiser localement une contrepropagande, notamment en sollicitant Indalecio Prieto. La défaite française incite Mexico à passer à une politique encore plus active. Une note du ministère des Affaires étrangères replié à Vichy, en date du 12 juillet 1940, indique que le ministre du Mexique en France - en l’occurrence, le consul général, représentant de la légation de ce pays qui n’a plus d’ambassade -, Luis Rodriguez, a été reçu le 8 juillet par le maréchal Pétain, président du Conseil du dernier gouvernement de la République. Rodriguez a fait savoir que son gouvernement « était disposé à accueillir les réfugiés espagnols actuellement en France au nombre de 140 000 ». Il a ajouté que « avant de présenter un projet ferme, (il) serait désireux de se rendre compte sur place (Montauban, Toulouse, Marseille…) des possibilités de départ de ces réfugiés » et a demandé aux autorités françaises un laissez-passer. Quelques jours plus tard, le 24 juillet, c’est-à-dire au moment précis où les frontières se referment, Rodriguez rencontre l’un des hauts fonctionnaires de la direction « Amérique latine » du ministère des Affaires étrangères à qui il expose que le gouvernement mexicain considèrera comme immigrés mexicains tous les Espagnols qui auront émis le désir de se rendre au Mexique ; en attendant l’heure de leur départ, ce même gouvernement est disposé à distribuer des allocations à tous les réfugiés vivant actuellement en France sans ressource ; les frais de transports des Espagnols seront pris en charge par le gouvernement mexicain à partir des ports d’embarquement… Ce processus concerne-t-il indistinctement l’ensemble des réfugiés, incluant les cadres politiques et militaires de la république espagnole ? Au dos du compte rendu, une liste des administrations parties prenantes de la négociation avec les Mexicains : « Affaires étrangères, Intrieur, Guerre, Informations, Réfugiés ». Pour Vichy, la proposition est certes une aubaine mais elle doit (...)


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