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Manuel Azaña et les communistes espagnols : des relations ambiguës

Par Fernando Hernández Sánchez
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Article publié dans
Azaña 4 - 5 / hors série
Fernando Hernández Sánchez : docteur en histoire et professeur associé de l’Université autonome de Madrid.

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Dans une large mesure, les relations entre Manuel Azaña et les communistes espagnols évoluèrent en fonction de la trajectoire historique du Parti communiste espagnol ( PCE ) tout au long de la décennie 1930. Elles furent déterminées par le passage d’une situation marginale et ultrapériphérique du PCE dans le spectre politique républicain – alors que la ligne sectaire du Komintern était en vigueur – au rôle prépondérant dont le parti fut investi au cours de la Guerre civile. Pendant la guerre, les rapports entre le désormais président Azaña et l’organisation politique de l’effort de guerre républicain ont oscillé entre l’entente prudente et l’affrontement ouvert, au rythme de la dégradation de la situation militaire vers une défaite imminente. Le large répertoire des sources documentaires disponibles rend possible l’étude des rapports entre le PCE et Manuel Azaña. En règle générale, le dépouillement de la presse de parti – Mundo Obrero, Frente Rojo – a été privilégié par les historiens, ainsi que les mémoires personnels (ceux d’Azaña lui - même, de l’ambassadeur à Moscou, Marcelino Pascua, passablement critique à l’endroit du président – ou encore ceux, inédits, du ministre communiste de l’Agriculture, Vicente Uribe, conservés par fragments dans les Archives historiques du PCE [ AHPCE] ). Pour compléter le tableau des relations Azaña - PCE, il existe également d’autres documents moins exploités mais tout Palmiro Togliatti – « Alfredo » – délégué du Komintern auprès du P C E à compter du mois de juillet 1937, dont il existe une copie aux A H P C E ; d’autre part, les télégrammes du Komintern, échangés entre Moscou et Madrid, et interceptés par les services de renseignement britanniques jusqu’au mois d’octobre 1936, que conservent les Archives nationales du Royaume-Uni (T N A) ; et enfin, les différentes notes de service adressées par les cadres politiques et militaires du P C E à Staline et à Dimitrov entre le printemps et l’été 1939, qui font un bilan de la guerre et des causes de la défaite républicaine. Les relations entre Azaña et le P C E ont connu différentes phases depuis les débuts de la République jusqu’à la fin de la Guerre civile.

1931-1933 :les années de méconnaissance

Lorsque la Seconde République espagnole fut proclamée, la ligne politique communiste s’inscrivait pleinement dans la dénommée « troisième période » de la stratégie du Komintern, sous-tendue par le postulat d’une stratégie de lutte de « classe contre classe » et le rejet de tout type d’accord non seulement avec la social-démocratie, tenue pour « social - fasciste », mais également avec la bourgeoisie libérale. En témoigne l’anecdote dont fut le protagoniste, en mai 1920, un dirigeant communiste de la première heure, Merino Gracia, à l’Ateneo de Madrid, institution qui incarnait emblématiquement les aspirations (...)


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