Arkheia, revue d'histoire

Mémoires de résistance (1940-1944), partie I

Par Marie-Rose Gineste
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Article publié dans
Arkheia n°2-3
Auteur : Marie-Rose Gineste, résistante tarn-et-garonaise, Juste parmi les Nations.

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Mobilisation

Ce jour là, avec l’abbé Henri Escudié, Blanche, Madeleine et Françoise Teilhac, nous nous rendions à Capdenac-Gare, dans l’Aveyron, chez les époux Escudié. C’est à Saint-Cirq-Lapopie que nous avons appris, par une affiche qui venait d’être apposée sur un mur du village, la mobilisation. Tout plaisir à ce voyage, qui était une belle promenade et une joie, avait disparu à la lecture de la dite affiche. Nous avons quand même poursuivi notre route et passé un jour à Capdenac, l’angoisse dominant.

Accident de Mgr Gounot

Courant juillet 1939 j’avais participé à la semaine sociale de Bordeaux où avec les montalbanais semainiers nous avions revu avec une grande joie Mgr Gounot, archevêque de Tunis. Sur le chemin du retour vers la Tunisie, Mgr ne s’était pas arrêté à Montauban comme prévu. Ayant pris la route de Bordeaux à Toulouse avec sa voiture personnelle conduite par M. l’abbé Doulut à 200 mètres du village de Castelnau d’Estretefonds il a eu un grave accident. Bien que la distance soit plus grande de Montauban que de Toulouse, ils se sont tous deux fait transporter dans une clinique de Montauban, cette ville où tous deux étaient très connus. A peine quelques heures après leur arrivée à la clinique du docteur Hornus, je fus informée de l’accident et de la présence de Mgr par une infirmière amie, employée dans cette clinique. Je m’y rendis aussitôt et malgré l’interdiction des visites j’ai pu voir et parler à Mgr qui a demandé que tous les jours je puisse passer à la clinique où je me rendais matin et soir pendant tout son séjour, lui servant de secrétaire pour le courrier concernant son diocèse, mais aussi le ministère des affaires étrangères et autres qui le pressaient de rentrer au plus tôt en Tunisie. Un archevêque avait en ce temps là une grande influence sur les populations et la France étant en guerre il était souhaitable qu’il soit présent dans son diocèse pour apaiser les esprits si besoin était. Mgr ne pouvant écrire lui-même, je me faisais un devoir d’écrire à sa vieille maman et à son frère, maître Emmanuel Gounot, mobilisé dans un poste du 2e bureau quelque part dans la région lyonnaise. Pour les tranquilliser je leur écrivais tous les jours à tous deux. Dès que Mgr a pu célébrer la messe dans sa chambre de clinique, tous les matins j’étais présente pour y participer, prier avec lui. Tous ceux qui ont connu Mgr parlent de cette grande bonté qui l’animait, un exemple parmi d’autres : le diocèse de Carthage possédait un vignoble duquel on avait un vin blanc délicieux, vin de muscat, il avait l ’appellation “clos de l’archevêché”. De Carthage un petit colis de 4 ou 6 bouteilles de ce bon vin adressé à Mgr Gounot arrivait à la clinique. Dès la réception, Mgr mit de côté une bouteille pour la porter à ma vieille maman lorsqu’il quitterait la clinique. Son séjour en clinique (...)


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