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Mémoires libertaires de la Seconde République

Par Ángel Herrerín López
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Article publié dans
Azaña 4 - 5 / hors série
Ángel Herrerín López : professeur titulaire au département d’histoire contemporaine de la UNED ( Universidad nacional de éducación a distancia ), Madrid.

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La fin de la Guerre civile espagnole n’a pas signifié la paix, mais la continuation d’une sanglante répression de la part des vainqueurs. Le poteau d’exécution, les longues condamnations à la peine de prison, les camps de concentration et un exil prolongé furent le destin de milliers de combattants du camp républicain. Les premières années de l’après-guerre furent marquées par la désunion et l’affrontement entre les différents partis et syndicats du camp des vaincus, qui se reprochaient mutuellement la défaite. Cet affrontement se répétait au sein de chaque organisation et tentait de faire disparaître les responsabilités de chacun dans le conflit. Le mouvement libertaire représenta un cas spécial. La division interne parvint à sa plus grande expression en 1945, avec la formation de deux organisations séparées qui, cependant, conservèrent le même sigle. Il fallut attendre seize ans pour parvenir à une brève réconciliation qui, peu d’années après, se trouva brisée par une nouvelle scission. Les deux groupes entre lesquels la CNT en exil se trouva divisée comprirent que leur mémoire collective représentait une partie importante de leur avenir ; c’est pour cela qu’ils entreprirent une bataille pour elle, afin de démontrer que leur fraction était la véritable dépositaire des valeurs fondamentales du mouvement libertaire. En conséquence, la mémoire collective libertaire fut continuellement « revisitée » et convertie en un champ de bataille sur lequel se livrait la lutte pour l’hégémonie du mouvement. C’était une lutte pour être les véritables héritiers de ce passé glorieux dans laquelle, en plus de justifier les événements du passé, on recherchait un aval pour les activités menées dans le présent et, en même temps, on prétendait donner un sens au futur que chaque groupe essayait de construire.

Cet article essaie d’analyser ces « mémoires libertaires » qui eurent pour objet la révision de l’action du mouvement par rapport à la Seconde République. Il ne s’agit pas, bien entendu, de reconstruction historique du passé par chacune des organisations, mais de l’utilisation de la mémoire ou, plus exactement, de la « politique de la mémoire » que n’importe quelle organisation ou institution, publique ou privée, conduit pour justifier le passé, adapter le présent et indiquer l’avenir. La relation entre république et anarchie a oscillé, en Espagne, au long de l’histoire, entre acceptation et affrontement. Une relation qui remonte aux temps où, pratiquement, leurs militants se confondaient.

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