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Moczarski, entretien avec un bourreau le SS Jürgen Stroop

Par Jean-Louis Panné
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Article publié dans
Critiques de livres
Auteur de la note de lecture : Jean-Louis Panné : historien, éditeur chez Gallimard.

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Kazimierz Moczarski, Entretiens avec le bourreau, Folio histoire, Gallimard, 634 pages.

L’un (Jonathan Littell) a prétendu que les bourreaux n’avaient pas parlé pour mieux pouvoir se glisser dans la peau d’un improbable intellectuel SS, l’autre (Yannick Haenel) a pris le parti de s’intéresser à Jan Karski pour prétendument porter sa parole alors même qu’il s’en servait comme un ventriloque d’une marionnette. L’un et l’autre ont pu conduire leur projet en se fondant sur une ignorance des documents pourtant nombreux. En effet, les bourreaux ont parlé au cours de leurs procès : à Nuremberg, au procès des médecins nazis d’Auschwitz, à celui du 101e bataillon si magistralement analysé par Christopher Browning, sans oublier Himmler qui a tenu des conférences, dont nous disposons, devant les cadres SS. Les bourreaux ont aussi écrit : le commandant d’Auschwitz Rudolf Höss, Hans Frank dont le journal a été publié en Pologne dès 1959 mais reste ignoré en France, le dernier commandant de Treblinka, Franz Stangl, interrogé par Gitta Sereny qui en fit un livre hors du commun…

Légende : Construction du mur du ghetto de Varsovie pour emmuré l’épidémie, dit la légende allemande. Photo extraite du livre de Jost Walbaum : Kampf den Seuchen !, Krakau (Cracovie), juin 1941, 221 p. Il s’agit d’une publication exaltant les efforts allemands en matière de combat des épidémies, lesquelles bien entendu trouvent leur origine dans le mode de vie des Juifs de Pologne. Coll. Jean-Louis Panné.

Et puis, il y a ce document qui reparaît aujourd’hui, l’un des plus troublants qui soit, dans lequel s’exprime un général SS chargé par Himmler de « liquider » le ghetto de Varsovie en avril 1943. Les circonstances de la naissance de ce documents sont elles-mêmes exceptionnelles. Les propos de Jürgen Stroop ont été recueillis par un résistant polonais. Pour comprendre comment cela fut possible il faut connaître l’itinéraire de Kazimierz Moczarski (1907-1975). Moczarski fit des études de droit et de journalisme, il fut partisan de Jozef Pilsudski qui gouverna la Pologne à partir de 1926 à la suite d’une sorte de coup de force. Mais il rompit avec La Légion des jeunes en 1934 en désaccord avec la politique menée par le vieux chef. Moczarski se rapprocha du Club démocratique qui appellait de ses vœux une République libérale. Ce club s’opposait à la droite nationaliste et antisémite, dénonçant ses tendances totalitaires. La Pologne une fois occupée par les nazis et les Soviétiques, il rejoignit la Résistance et occupa de hautes fonctions auprès de la direction cette résistance à nulle autre pareille en Europe. Il fut chargé de mener des enquêtes sur les collaborateurs, participa aux actions de soutien aux insurgés du ghetto en avril 1943, combattit comme commandant lors l’Insurrection de Varsovie en (...)


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