Arkheia, revue d'histoire

Moczarski, entretien avec un bourreau le SS Jürgen Stroop

Par Jean-Louis Panné
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Article publié dans
Critiques de livres
Auteur de la note de lecture : Jean-Louis Panné : historien, éditeur chez Gallimard.

(...) 1944. Les hommes et les femmes qui agissaient dans un esprit semblable au sien étaient honnis par l’extrême droite nationaliste. Certains de ses amis furent assassinés par elle. Puis, alors que se dessinait la nouvelle occupation de la Pologne par l’armée Rouge et l’installation d’un pouvoir communiste minoritaire, Moczarski, proche collaborateur du dernier commandant de l’Armia Krajowa, fit le choix de renoncer à un affrontement sans issue avec la puissance soviétique. Arrêté en juillet 1945 par la police politique du nouveau régime à la solde de Moscou, Moczarski fut accusé de collaboration avec les nazis et condamné une première fois à dix ans de prison – il y subit 49 tortures différentes. Une seconde sentence le condamna à mort, sentence qui ne fut commuée qu’en 1955. L’infamante accusation, fabriquée de toutes pièces, était destinée à déshonorer la résistance liée au gouvernement légal de Londres.

Libéré au printemps 1956, réhabilité en décembre à la suite d’un procès capital historiquement puisque le jugement reconnut l’absence de tout fondement aux accusations et aux condamnations qu’il avait subies – ce qui demeure unique sous un régime communiste. Voilà l’homme qui s’est trouvé devoir partager la même cellule que Jürgen Stroop, courant 1949, pendant 225 jours, à la prison de la rue Rakowiecka à Varsovie. Dans cette cellule, se trouvait également Gustav Schielke, un SS Untersturmführer chargé de la police de Sûreté du Generalgouvernement, entité du centre de la Pologne administrée depuis Cracovie par Hans Frank. Jürgen Stroop, né en 1895, fils de policier, capta l’intérêt de Moczarski qui comprit que s’offrait à lui l’occasion d’approcher la psychologie d’un nazi, son ennemi. Il se demande « quels mécanismes historique, psychologique, sociologique ont pu conduire une partie des Allemands à s’organiser en groupe criminel ayant pris la direction du Reich et s’étant efforcé d’imposer son Ordnung à l’Europe et au monde ? »

Il savait qu’il avait affaire à une sorte de prototype du nazisme : avec habileté, il interrogea cet homme fabriqué par l’idéologie, usant d’une maïeutique sans concession avec lui, démontant son vocabulaire stéréotypé emprunté à la langue nazie. « Lorsque Stroop utilisait des termes comme “déplacement”, “Sonderbehandlung”, “résolution du problème”, “capture” des Juifs, nous le comprenions sans équivoque », écrit-il.

Légende : Page du rapport de Jûrgen Stroop sur la liquidation du ghetto qui fut l’une des pieces de l’accusation au procès de Nuremberg. Ce rapport a été entièrement reproduit en fac-similé par les soins de l’Institut de la mémoire nationale (Varsovie, 2009), accompagné de sa traduction en polonais.

Moczarski comprit qu’il se trouvait face à un individu accoutumé à approuver sans esprit critique et il avança (...)



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