Arkheia, revue d'histoire

Moczarski, entretien avec un bourreau le SS Jürgen Stroop

Par Jean-Louis Panné
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Article publié dans
Critiques de livres
Auteur de la note de lecture : Jean-Louis Panné : historien, éditeur chez Gallimard.

(...) l’hypothèse « selon laquelle les violences constantes, approuvées par une population fidèle au dogme de l’obéissance aveugle aux dirigeants ont durablement déformé […] le psychisme de la société ». Pour Stroop « befehl ist befehl » (« un ordre est un ordre »), « le pouvoir a raison », il faut « frapper l’adversaire aussi fort que tu le peux… ». À cette fausse morale portée par un mouvement révolutionnaire destructeur, s’ajoutait l’exaltation d’une germanité mythique. Autant de dogmes nazis ingurgités sans sourciller qui se mêlent au culte de la guerre, fondé sur une conception pseudo-scientifique dérivée du darwinisme social : « La guerre, disait-il, est un processus sélectif biologique et psychologique indispensable à chaque peuple… »

Le portrait de Stroop qui, peu à peu, se cristallise au fil des discussions fait apparaître un être primaire, peu instruit, à qui le mouvement nazi donne l’occasion d’une ascension sociale inespérée, à condition de faire preuve d’une obéissance absolue à un Hitler envoyé par des « forces supérieures » pour accomplir le destin allemand, et de l’efficacité requise par ses supérieurs, critère suprême, dans l’accomplissement des missions. Chez Stroop qui parle d’« action directe », le recours à la violence était sublimé par de soi-disant « idées justes », et si l’Allemagne a été vaincue c’est en raison de l’action des « éléments dégénérés ».

La guerre commencée à l’Est, Stroop appliqua sans la moindre interrogation la politique nazie. Mais tout devait être fait dans l’ordre, d’où son opposition aux pogromes et sa préférence pour un crime planifié et systématique. Lorsque Himmler le chargea de détruire ce qui restait du ghetto de Varsovie, après la surprise de la résistance des combattants des organisations juives (ZWW et ZOB), il procéda cet esprit avec des moyens disproportionnés, et le recours à l’incendie systématique…

La personnalité de Stroop apparaît, au travers de ses propos, telle que le nazisme l’a structurée – lui qui se présente comme appartenant à la « race des seigneurs » a intériorisé si profondément l’obéissance absolue, la soumission à la hiérarchie, qu’il en vint à s’oppose à ses compagnons de cellule lorsqu’ils enfreignaient le règlement de la prison communiste. Stroop aurait pu faire un bon geôlier dans une prison communiste, voire un bon flic, comme ce fut le cas pour certains de ses collègues de la SS… Au centre de son système, il y a la haine des Juifs qui, selon lui, ne sont pas en état d’éprouver le sentiment de l’honneur et de la dignité. « Un Juif n’est tout de même pas un homme à part entière », dit-il. À quoi Moczarski réplique : « Les Juifs ont fait preuve d’une telle vaillance dans la défense des valeurs qui dépassent la personne – valeurs pour lesquelles il vaut de vivre et de mourir – que tout (...)



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