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Moissac : Wolf Glazman, un enfant de la Shoah

Par Pierre-Jean Pyrda
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Article publié dans
Critiques de livres

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LaDepeche.fr | 21/12/2009 04:34

Moissac. Wolf Glazman est un des nombreux enfants juifs cachés au bord du Tarn entre 1939 et 1943 par les éclaireurs israélites de France. Témoignage.

« Cette ville, je l’ai souvent appelée Moïsche Sac, la ville de Moïse. Son titre honorifique en yiddish pour moi. » Ces mots sont de Wolf Glazman , un des membres de la grande famille « des enfants de Moissac ». C’est là en effet, dans la maison du 18, quai du Port, que 150 enfants et adolescents juifs (NDLR : des historiens, dont Catherine Lewertowski dans « Morts ou juifs », citent le chiffre de 500 enfants cachés à Moissac) trouvèrent refuge, entre décembre 1939 et novembre 1943. Tous eurent la vie sauve, grâce en particulier à la mobilisation des autorités et de la population du département.

Marqué à jamais, Wolf, cet enfant de la Shoah, a voulu, à 82 ans, faire œuvre de mémoire après qu’il a dû attendre 63 ans pour pouvoir faire le deuil de son père, « arrêté en juillet 1942, parqué à Drancy, près de Paris et ensuite emmené à Auschwitz, marqué et chiffré comme un animal, avant d’être assassiné un mois plus tard, le 25 août ». Car ce n’est que le 23 janvier 2005, jour de l’inauguration du Mémorial de la Shoah, qu’il a pu enfin lire, sur ces pierres importées d’Israël, un nom, Raphaël Glazman, et une date, 1890 (celle de la naissance de son père à Bialystok, en Pologne). Aussi Wolf a-t-il voulu dire sa gratitude infinie à tous ces gens du Sud-Ouest qui l’ont accueilli, caché, sauvé de la barbarie nazie. Il nous livre quinze récits, qu’il adresse à ses enfants et petits-enfants « et à tous ceux qui s’intéresseront à les transmettre, « ledor vador » (en hébreu : de génération en génération).

Écrit sur le ton de la confidence, dans un style dépouillé, le livre de Wolf Glazman évoque pour une large part la période dite du « planquing », fin 1943, quand, prévenue de l’imminence d’une rafle de la Gestapo par le commissaire de police de Moissac, la colonie fut dispersée en à peine 15 jours, dans des lycées, des centres d’apprentissage, des couvents ou chez des fermiers. Beaucoup de jeunes adultes juifs s’engagèrent alors dans la Résistance, rejoignant la compagnie Marc-Haguenau, dans le maquis de la Montagne noire. Wolf Glazman fut lui-même recruté, à 17 ans à peine, comme agent de liaison entre Agen et Toulouse.

Car il n’avait que 12 ans, en septembre 1939, lorsque sa mère, pressentant le danger nazi, décida de le mettre à l’abri à Saint-Céré. Les Éclaireurs israélites de France, mouvement scout dirigé par Robert Gamzon, venaient d’ouvrir dans le Lot leur première maison d’enfants.

Le 5 décembre 1939, la colonie déménage à Moissac. Les EIF en confient la direction à Édouard (dit « Bouli ») et Shatta Simon, (...)


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