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Moissac : une ville « Juste parmi les Nations » qui s’ignore

Par Max Lagarrigue
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Article publié dans
Arkheia 25-26-27
Auteur : historien, directeur de la revue Arkheia, il est également journaliste à La Dépêche du Midi.

Mai-juin 1940, suivant l’exode, des centaines d’enfants de l’organisation des Éclaireurs israélites de France (EIF), trouvent refuge, à Moissac (Tarn-et-Garonne). Bénéficiant du soutien conjoint de la municipalité et de la solidarité des Moissagais et de la complaisance d’une partie des forces de l’ordre, la cité uvale devient un véritable havre de paix pour plus de 600 enfants juifs. L’occupation de la zone Sud, en novembre 1942, n’y change rien. Aucun de ces jeunes juifs n’est arrêté, ni déporté. Un cas à part, méconnu, qui mériterait à Moissac, à l’instar du Chambon-sur-Lignon et de Nieuwlande (Pays-Bas), le titre, rare, de Juste parmi les Nations.

L’exode des éclaireurs israélites de France

Creuset du judaïsme hexagonal, les Éclaireurs Israélites de France (EIF) appartiennent, depuis 1938, au scoutisme français. Avec un effectif de 2 000 membres en 1939, l’EIF est l’une des plus importantes organisations de jeunesse juive. Dès le début de la Drôle de guerre, le dirigeant de l’EIF Robert Gamzon envisage un projet d’évacuation dans le Sud-Ouest. Trois maisons sont ouvertes durant cette période par Denise Gamzon, épouse du patron de l’EIF. L’une à Ruffie dans le Lot et deux autres dans l’Aveyron à Villefranche-de-Rouergue et à Saint-Affrique. « L’étrange défaite » de l’armée française provoque toutefois le départ précipité de l’organisation israélite en exode. Comme de nombreuses organisations de l’époque, l’EIF s’occupe d’évacuer en priorité les enfants des grandes agglomérations parmi lesquels Paris. L’une des singularités de l’organisation de jeunesse juive est, sans doute, son soin particulier à mettre à l’abri les enfants de nationalité étrangère. De jeunes juifs qui sont les cibles privilégiés des premières rafles antisémites menées par les autorités de Vichy. C’est à Moissac, au confluent du Tarn et de la Garonne, que Shatta Simon, 29 ans, se voit confier par Robert Gamzon la gestion des maisons d’enfants. Cette ressortissante roumaine ouvre avec le concours de son mari Bouli la maison de Moissac, le 5 décembre 1939. Les autres maisons sont à Beaulieu-sur-Dordogne en Corrèze et à Saint-Céré dans le Lot, dirigée par Pierre Kauffmann. L’affluence des jeunes de l’EIF, à Moissac, est telle que les habitants de la cité baptisent le quartier où ils sont installés, le « quai des Juifs » (l’expression n’ayant aucun caractère antisémite, NDLA). Les responsables nationaux de l’EIF y décident, en août 1940, leur installation. Le mouvement a désormais deux bases d’implantation dans la région à Lautrec (Tarn) et Moissac.

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