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Montauban : « On a tondu ma mère à la Libération »

Par Sabine Bernède
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Revue de presse

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TARN & GARONNE - LaDepeche.fr | le 06/06/2010 | 10:12


Des roses noires. Le 8 mai dernier, une femme a déposé une gerbe de fleurs devant le monument aux morts de Sainte-Croix-Volvestre en Ariège. Pierrette Têtu voulait rappeler que des femmes ont été tondues à la Libération : « Elles n’étaient pas toutes des collaboratrices.On leur a infligé des humiliations corporelles ».

Le geste et les paroles de cette féministe ont provoqué la colère parmi les anciens combattants. « Ils ont été blessés, et ce n’était pas le but de mon intervention », reconnaît cette Ariégeoise. Pierrette Têtu ajoute : « On doit le respect aux anciens, mais on doit aussi la vérité historique aux jeunes ».

« Cet épisode de la Libération a longtemps été un sujet tabou », remarque l’historien montalbanais Max Lagarrigue qui a publié une enquête dans la revue Arkheia.

En 2004, la fille d’une femme tondue est sortie de l’ombre. Elle avait des cheveux roux et des yeux bleus. Enfant, Suzanne Lardreau se faisait traiter de « fille de boche ». Née à Montauban en 1942, elle a été élevée à la rude dans un orphelinat de Tarn-et- Garonne.

Devenue adulte, Suzanne Lardreau a entrepris des recherches : « Ma mère a été tondue à la Libération, puis emprisonnée. Elle n’avait que 16 ans lorsqu’elle m’a conçue, et elle n’avait certainement pas couché avec un Allemand puisque Montauban était en zone libre. Ma mère était jeune, elle avait faim. Elle avait peut-être trafiqué. Mais elle a été plus lourdement condamnée que des miliciens qui avaient fait des saloperies ! »

Suzanne Lardreau est venue signer son livre, « Orgueilleuse » (Robert Laffont), à la librairie Deloche de Montauban. Un film télévisé, « Tondue en 1944 », réalisé par Jean-Pierre Carlon, retrace l’histoire de sa mère.

Un autre historien de l’université Toulouse-Le-Mirail, Fabrice Virgili, a consacré une thèse aux femmes tondues. « L’image de la jeune fille tondue pour une histoire d’amour avec un Allemand est un cliché. Bien sûr, cela a existé. Il y a eu aussi des dénonciations calomnieuses, des vengeances personnelles. Mais la moitié des femmes tondues avait réellement travaillé pour les Allemands. Certaines ont d’ailleurs été fusillées, d’autres emprisonnées », indique Fabrice Virgili.

Comme les hommes qui avaient collaboré avec les nazis, des femmes qui avaient trahi ont fini fiusillées, une balle dans la tête. Mais on leur a auparavant infligé des humiliations publiques. Ainsi, à Toulouse, des femmes ont été promenées nues, une croix gammée dessinée dans le dos.

« Vaincus en 1940, les hommes se sentaient coupables de n’avoir pu protéger leur pays. À la Libération, il a fallu reconstruire l’identité nationale. Les hommes ont retrouvé leur rôle. Les femmes ont (...)


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