Arkheia, revue d'histoire

Montauban : entre révolutions et religions, 1787-1830

Par Sébastien Rivière
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Article publié dans
Arkheia n°2-3
L’auteur Sébastien Rivière est titulaire d’une maîtrise sur Montauban. Il est aujourd’hui professeur d’histoire et géographie.

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Montauban s’ouvre aux idées de la Réforme au XVIe siècle, sa population devient peu à peu exclusivement protestante. On l’appelle la " Genève française ". Fière de son autonomie municipale, la ville prospère économiquement au confluent de la Gascogne, du Quercy et du Languedoc. Au XVIIe siècle, après une résistance héroïque et victorieuse lors du siège imposé par les troupes de Louis XIII en 1621, à la suite de l’Edit d’Alès de 1629, l’ancienne place de sûreté protestante connaît une " reconquête catholique ". Diverses congrégations prennent en main la destinée spirituelle de la cité.

Au XVIIIe siècle, Daniel Ligouestime entre cinq et six mille le nombre des réformés montalbanais sur une population totale d’environ vingt-huit mille habitants. Dans l’impossibilité d’accéder à la carrière des offices dans l’administration d’Ancien Régime pour cause de religion, de nombreux protestants se sont enrichis bourgeoisement, notamment grâce au commerce des draps et du minot par voie fluviale. La coexistence des deux communautés chrétiennes fait de Montauban un nid propice aux idées d’intolérance. Celles-ci sont défendues par certains membres du clergé, qui en présence de la religion rivale, condamnent l’hérésie avec ferveur. Le discours de ces hommes entretient, dans les milieux populaires catholiques, une constante défiance à l’égard des " hérétiques ". Quant à l’aristocratie, tant que ses intérêts ne sont pas directement menacés, elle adopte une attitude bien plus laxiste. Ce qu’il importe de retenir, c’est que se superpose à Montauban un conflit social à un conflit de religion. En effet, les bourgeois et négociants réformés emploient une main d’œuvre largement catholique. A ce double conflit vient se greffer un troisième, d’ordre politique sous la Révolution. Lorsque en 1787, Louis XVI accorde aux protestants un Edit de tolérance ou " d’indigénat ", octroyant une reconnaissance civile aux réformés, la royauté est encore bien loin d’accorder une éventuelle liberté des cultes. Le catholicisme est la religion de l’Etat, un pilier du système monarchique. Le roi continue de glorifier, malgré les critiques émises par la philosophie des Lumières, l’Edit de révocation de 1685, signé par Louis XIV à Fontainebleau. En 1830, sous le règne du Bourbon Charles X, frère de Louis XVI, le protestantisme est un culte reconnu dont les ministres sont rétribués par l’Etat. Le catholicisme est encore la religion officielle du royaume, mais les réformés y jouissent d’une totale liberté de culte. Bien plus, ils sont largement intégrés dans l’administration royale. De 1787 à 1830, les membres des églises protestantes françaises passent d’une tolérance tout juste civile à une totale liberté du culte. Ces années sont celles de la Révolution, du Consulat, de l’Empire puis de la Restauration. Sous l’Ancien Régime, le catholicisme jouit de nombreux privilèges en France. (...)


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