Arkheia, revue d'histoire

Mussolini de Pierre Milza

Par Michel Taubmann
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Article publié dans
Critiques de livres
Auteur : Michel Taubmann, historien, est aussi journaliste à Arte-info.

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" Il ne s’agit pas ici de réhabiliter en quoi que ce soit " l’assassin de Matteotti" et le compagnon de route du nazisme, mais de la mise en perspective d’un destin qui a incontestablement marqué ce siècle européen et qui en résume les espérances trompeuses- celles de la révolution sociale et de la nation triomphante-, les contradictions et les errements criminels" Cette phrase de Pierre Milza, en conclusion de sa préface de l’ouvrage, résume bien la problématique de son Mussolini. Pour écrire cette copieuse biographie (près de 900 pages) l’auteur s’est plongé dans les nombreux livres parus sur le sujet principalement en Italie. Il a aussi eu recours à certaines archives peu utilisées par les historiens notamment celles du secrétariat personnel du Duce. S’il ne s’attarde pas sur les innombrables aventures amoureuses de Mussolini, il évoque cependant sa vie privée dans la mesure où celle-ci permet d’éclairer les choix publics du dictateur. Son livre constitue la première biographie du Duce publiée en France, évitant à la fois les écueils de l’hagiographie et ceux d’un certain simplisme antifasciste. Pierre Milza, qui en fut jadis un adepte, a rompu avec une historiographie marxisante réduisant Mussolini à un "César de Carnaval" instrumentalisé par le "capital". Il dresse du Duce le portrait d’un homme d’état s’inscrivant dans les traditions politiques de son pays. Pierre Milza se revendique de l’influence de l’historien Renzo de Felice qui avait scandalisé l’Italie il y a vingt cinq ans en "dédiabolisant" le Ventennio (vingt ans) de règne fasciste à une époque où les deux partis dominants, démocrate-chrétien et communiste, puisaient leur légitimité dans le combat antifasciste. Après de violentes polémiques, les thèses de Renzo de Felice furent admises y compris par la gauche italienne. Et aujourd’hui les ex-communistes de Massimo d’Alema et les ex-fascistes de Gianfranco Fini ont tourné la page du XXe siècle en changeant d’identité et de nom. En France, les esprits sont encore peu préparés à l’historicisation du fascisme. Le livre de Pierre Milza n’a pas reçu l’accueil qu’il méritait. Il n’intéresse guère les militants aveuglés par une mythologie réduisant le XXe siècle à l’affrontement fascisme / antifascisme. Cependant il réjouira les amateurs d’une histoire dégagée des a priori idéologiques. Sans complaisance pour les crimes de Mussolini - dont le plus grand fut d’engager son pays dans la guerre mondiale derrière Hitler - Pierre Milza dégage les traits distinctifs du fascisme - notamment la question de l’antisémitisme - par rapport au nazisme avec lequel on a trop souvent tendance à le confondre en France. Il situe le fascisme italien à sa place dans une époque malheureusement prodigue en régimes, nazi et communiste, autrement plus meurtriers. Certes aux deux extremités de son "Ventennio" Mussolini eut recours à la violence terroriste par (...)

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