Arkheia, revue d'histoire

Mussolini de Pierre Milza

Par Michel Taubmann
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Article publié dans
Critiques de livres
Auteur : Michel Taubmann, historien, est aussi journaliste à Arte-info.

(...) l’intermédiaire de ses troupes de choc ( les squadristes) : entre 1919 et 1922 pour accéder au pouvoir puis de 1943 à 1945 pour tenter de s’y maintenir sous la protection de Hitler. Mais à son apogée, le fascisme italien, bénéficiant d’un large consensus, fut un régime peu répressif. Ainsi la plupart des 6.000 opposants interpellés entre 1930 et 1934 par l’OVRA, police politique du régime, furent rapidement relâchés. Et le nombre de prévenus condamnés à une peine de prison tomba de 636 en 1928 à quelques dizaines au milieu des années 3O. Il remonta à 365 en 1939. Cependant la durée moyenne des peines n’excédait pas cinq ans et les sentences de mort étaient rares. Quant aux assignations à résidence, dans les îles ou dans les régions isolées du Mezzogiorno, leur nombre total se serait élevé à 12310 selon une statistique de 1940. Mais à cette date, près de 10 000 personnes ayant été libérées, il ne restait plus que 2504 "relégués", parmi lesquels se trouvaient 719 "apolitiques" ( droits communs, homosexuels ou mafieux). Les îles de Mussolini n’étaient aucunement comparables à l’archipel du Goulag. Pierre Milza peut à juste titre écrire : " On est loin toutefois de la terreur de masse et des procédures d’élimination non seulement des adversaires politiques les plus déterminés, mais de pans entiers du corps social, qui caractérisent à la même époque les régimes hitlérien et stalinien. Totalitaire par son projet de création d’un "homme nouveau" et de fascisation de la société civile, le fascisme italien ne répondra jamais, sur un point essentiel, à la définition qu’Hannah Arendt et consorts donnent du totalitarisme, en ce sens qu’il ne cherchera pas à démanteler ce qu’il subsiste de l’Etat de droit et ne donnera naissance à aucun moment à un véritable Etat policier ". Mussolini est incontestablement un dictateur mais il n’est pas un tyran sanguinaire. Contrairement à Hitler, Staline, Mao ou même Franco le pouvoir absolu n’a pas détruit en lui toute humanité : ainsi intervient-il fréquemment en faveur de remises de peine ou pour grâcier un condamné. En 1926, maître tout-puissant de l’Italie fasciste, il vient discrètement en aide à Costantin Lazzari, l’ancien leader du Parti socialiste italien, réduit à la misère par la dictature qui l’a privé de son mandat comme tous les autres députés. Et après la mort de Lazzari quelques années plus tard Mussolini paiera sur ses propres fonds la sépulture de cet adversaire politique qui était aussi... un de ses plus anciens compagnons de lutte. Car Mussolini avant d’être le fondateur du fascisme avait été une figure centrale de la gauche italienne. Pierre Milza ressuscite le jeune militant attaché par toutes ses fibres à la culture révolutionnaire qui engendra les héros de la gauche européenne du XXème siècle : Lénine, Trotski, Rosa Luxemburg, Jaurès, ses contemporains dans les rangs de la IIème Internationale. Le (...)


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