Arkheia, revue d'histoire

Mussolini de Pierre Milza

Par Michel Taubmann
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Article publié dans
Critiques de livres
Auteur : Michel Taubmann, historien, est aussi journaliste à Arte-info.

(...) père du "Duce" modeste forgeron, militait depuis l’âge de 20 ans dans les rangs d’un socialisme romagnol plus proche de Bakounine que de Marx. Dans sa maison il cachait fréquemment des militants recherchés par la police. Il inculqua à son fils l’anticléricalisme, l’antimonarchisme, le goût de la violence et un penchant pour les thèses les plus extrèmistes. Le jeune Benito, peu intéressé par son métier d’instituteur, se consacre entièrement à l’action politique dès la sortie de l’adolescence. Révolutionnaire professionnel, il connaît la prison, la répression et la misère. Mais contrairement aux bolcheviks, ses frères en révolution, Mussolini est un "homme de masse" dans un pays où l’extrême gauche influe sur le cours des événements. Ainsi en 1908 il prend la tête de la révolte des ouvriers agricoles contre les propriétaires terriens. Comme la plupart des révolutionnaires, son ambition démesurée pour le monde s’identifie à celle qu’il nourrit pour lui-même. "Tu sais ce que je vaux" écrit-il à 25 ans à un camarade auquel il fait part de son intention de postuler à la direction d’un quotidien socialiste de province. Doté d’un vrai talent de plume et d’une force de travail considérable, il se retrouve en 1914 à la direction du quotidien national du parti socialiste l’Avanti . A 31 ans, il est alors le numéro 2 de la gauche italienne. Cette partie de la vie de Mussolini était bien évidemment connue. Mais elle fut souvent caricaturée. Pierre Milza la traite avec objectivité. Il corrige ainsi la vision transmise par les militants antifascistes contemporains du Duce qui noircirent le passé de leur ancien camarade afin de mieux dénoncer chez lui rétrospectivement une aptitude précoce à la trahison. Le jeune révolutionnaire décrit par Pierre Milza était certes doté, comme tous les grands leaders politiques, du sens de l’opportunité. Mais il n’était pas uniquement guidé par l’opportunisme. Au sein du parti socialiste il avait fait preuve pendant une dizaine d’années d’une grande constance dans un combat contre les "réformistes" qui ne lui ouvrait évidemment pas les portes du pouvoir. Et sa rupture avec les siens en 1914 eut pour effet immédiat la marginalisation politique. Elle ne peut donc être réduite à la "trahison" d’un homme qui aurait été "acheté" par la "bourgeoisie" même si Mussolini pour survivre en politique acceptera vite l’argent de certains capitalistes. La signification de cette rupture est bien plus profonde : Mussolini à sa manière tire la leçon de l’échec de l’Internationale ouvrière fracassée dès les premiers jours d’août 1914 par le choc entre les nations. Face à la direction du Parti socialiste italien, qui plaide pour la neutralité, il devient le leader des "interventionnistes de gauche" favorables à une entrée en guerre aux côtés de la France et de l’Angleterre. Jusqu’en 1919 il tentera de concilier un anticapitalisme virulent et un nationalisme qui le (...)


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