Arkheia, revue d'histoire

Nathalie Zajde, Les enfants cachés en France

Par Annie-Claude Elkaïm
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Article publié dans
Arkheia 25-26-27
Auteur : Annie-Claude Elkaïm, journaliste et animatrice de l’émission Théma d’Arte.

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C’étaient des enfants juifs. Pendant la guerre 1, 5 million d’entre eux ont été exterminés par les nazis. D’autres ont été cachés et miraculeusement sauvés. 20 000 d’entre vivent encore en France aujourd’hui. Nathalie Zajde en a rencontré plus de 200. Son livre, « Les enfants cachés en France » est à la fois une analyse et le recueil des témoignages poignants d’une vingtaine d’entre eux. Il s’appelle André Glucksmann, Serge Klarsfeld, Saul Friedländer, Boris Cyrulnik ou d’autres moins connus. Tous ont développé une formidable intelligence de la vie.

Maître de conférences en psychologie, Nathalie Zajde a créé, il y a près de vingt ans, les premières consultations pour survivants et enfants de survivants de la Shoah au Centre Georges-Devereux de l’Université Paris VIII au sein de l’équipe d’ethnopsychiatres du professeur Tobie Nathan.

Comment l’ ethno psychiatre que vous êtes s’est-elle penchée sur les souffrances des enfants cachés ?

D’abord par mon histoire. Je suis moi-même fille d’enfants cachés et j’ai expérimenté non pas le non-dit mais le peu de choses dites sur cette affaire. Chez moi, rien n’était occulté , l’histoire de ma famille venue de Pologne et presque totalement exterminée , mes parents sauvés et cachés , tout ça je le savais, je savais que c’était important mais ce n’était pas traité, personne ne s’y attardait. La vie, le travail de mes parents qui étaient chercheurs, ma propre trajectoire, mes études, mes amis, bref le présent a toujours pris le dessus. J’ai donc fait mes études, j’ai commencé à travailler sur les traumatismes liés aux guerres mais paradoxalement pas à celle dans laquelle 90% de ma famille avait péri. Et quand j’ai décidé de faire une thèse en 93 c’est Tobbie Nathan qui m’a tout de suite suggéré de travailler sur les enfants des survivants de la Shoah. Une fois énoncé c’est devenu évident mais ça ne l’avait jamais été avant.

Vous faites donc votre thèse sur les survivants de la shoah, vous publiez dans la foulée « enfants de survivants », d’autres suivront jusqu’à celui-ci sur « les enfants cachés ». Une notion, une dénomination somme toute très récente ? Oui c’est en 91 qu’on a commencé à parler « d’enfants cachés » lors de leur première réunion internationale « d’enfants cachés » à New York. Une réunion autour d’une proposition : qu’est ce que les enfants juifs qui ont du cacher leur identité ont à dire sur eux-mêmes. Après cela des dizaines d’associations ont vu le jour partout dans le monde, en Europe, en Israël, aux Etats Unis, en Amérique Latine, bref partout où ces enfants ont fait leur vie.

Mais ces « enfants » ont aujourd’hui 70 ans pour les plus jeunes…il aura donc fallu 45 ans pour leur reconnaître ce statut !

C’est vrai mais il faut bien (...)


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