Arkheia, revue d'histoire

Nathalie Zajde, Les enfants cachés en France

Par Annie-Claude Elkaïm
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Article publié dans
Arkheia 25-26-27
Auteur : Annie-Claude Elkaïm, journaliste et animatrice de l’émission Théma d’Arte.

(...) comprendre un certain nombre de choses. D’abord ces enfants savaient qu’ils avaient beaucoup moins souffert que leurs parents déportés et donc probablement par pudeur et par respect, ils ont longtemps considéré qu’ils ne devaient pas se plaindre. Ensuite il faut dire que quand ces enfants étaient encore des enfants, les psy ne s’intéressaient pas à eux. C’est finalement à la génération des enfants d’enfants cachés qu’il est devenu courant de s’adresser à un psy quand les enfants présentaient des symptômes ou des souffrances psychologiques. On pensait aussi que les enfants oubliaient facilement les événements douloureux. Et puis la psychologie a mis longtemps à considérer la persécution antisémite comme facteur déterminant dans les pathologies psychiques des survivants. Enfin, je dois dire que les enfants cachés ne sont pas tous souffrants, loin de là. Beaucoup d’entre eux ont su mener une existence réussie et heureuse sans avoir besoin de recourir à un psy ou de se regrouper dans une association.

Y a t il un profil psychologique particulier de ces enfants cachés ?D’un point de vue psychiatrique il n’y a pas vraiment de typologie. On retrouve bien sur quelques symptômes de ce qu’on appelle le syndrome des survivants - troubles du sommeil, cauchemars, irritabilité parfois et très souvent une rage qu’ils ont du mal à endiguer. Mais tout ceci n’est pas systématique et ne rend pas vraiment compte de ce qu’ils sont. Je me suis donc demandé comment rendre compte de ce qu’ils étaient et ce qui m’a interpellé c’est que précisément c’étaient des enfants. Des enfants que leurs bourreaux veulent tuer et vont poursuivre parce qu’ils sont juifs. Mais quand on est enfant on ne sait pas vraiment qu’on est juif, on est pas encore très défini. Juif, pas juif ce n’est pas quelque chose qui est pensé avant un certain âge. Mais il n’empêche qu’on les arrête ou qu’on les cache en raison même de leur identité et alors même que ceci est très flou dans leur tête on va leur demander d’être autre chose. On leur demande de changer de langue souvent, de changer de noms toujours - la plupart de ceux que j’ai rencontré détestait le nom qu’on leur avait donné - de devenir catholique pour certains, bref de devenir autre chose que ce qu’ils devaient être. Au début ils résistent psychologiquement. J’ai appelé ça des stratégies de résistance identitaire. Mais beaucoup de ceux que j’ai interrogé se souviennent de scènes très précises, d’un moment particulier où ils ont compris qu’ils ne pouvaient plus être ce qu’ils étaient, alors ce jour-là ils se mettent en mode « responsable ». Ils répondent à leur nom, comprennent très vite qu’il ne faut rien dire et savent aussi le risque qu’il y aurait à résister.

Mais à Moissac l’une des rares maisons juives revendiquées comme telle au vu et au su de tous, ne pas (...)



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