Arkheia, revue d'histoire

Nature et spécificité du gaullisme dans la société politique française

Par Serge Berstein
Retour au sommaire Retour au sommaire
Article publié dans
Arkheia n°7-8-9
Auteir : Serge Berstein est historien, professeur honoraire de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris. Spécialiste de la Troisième République, il est l’auteur de nombreux ouvrages de références dont L’Histoire du Parti Radical (PFNSP, 1982) ; La France des années trente (Seuil, 1988) ; Histoire du gaullisme (Perrin, 2001).

Page suivante

Aux yeux de l’historien, le gaullisme constitue une apparente énigme. Il est, en effet, à la différence de toutes les autres familles politiques, du libéralisme au communisme, sans équivalent visible dans aucun des pays voisins de la France en Europe occidentale. Par ailleurs, on constate également qu’à la différence des grandes cultures politiques qui sont quasiment toutes nées au XIXe siècle des réponses données aux grands problèmes des sociétés de l’époque contemporaine, le gaullisme serait la seule à avoir pris corps dans la France du milieu du XXe siècle. D’où une interrogation sur la nature d’une culture politique originale difficile à classer d’emblée dans les catégories connues.

A examiner les écrits de Charles de Gaulle avant qu’il joue le moindre rôle historique, ses déclarations et prises de position durant la Seconde Guerre mondiale et le peu qu’il laisse filtrer de ses conceptions politiques jusqu’en 1945, une évidence s’impose : de Gaulle se réclame d’une culture politique clairement identifiée à la fin du XIXe siècle, celle du nationalisme français. Au-delà des attitudes de circonstance, on retrouve chez lui les deux idées-force qui permettent d’identifier le nationalisme : l’exaltation de l’indépendance et de la grandeur de la nation France et la nécessité de mettre en place un Etat fort pour parvenir à les imposer. Cela posé, il est clair qu’il existe des acceptions diverses du nationalisme français. Charles de Gaulle ne se réclame pas du nationalisme fermé, d’exclusion, antidémocratique, qui fut celui de Maurras, mais d’un nationalisme rassembleur, acceptant le suffrage universel et la démocratie, de préférence sous sa forme directe, un nationalisme s’inspirant davantage du Barrès de la Première Guerre mondiale, un nationalisme plébiscitaire en filiation directe avec le césarisme démocratique bonapartiste. Il reste que ce nationalisme est en opposition frontale avec le modèle républicain parlementaire, méfiant envers toute forme de pouvoir personnel, qui constitue le cœur de la vie politique française depuis la crise du 16 mai 1877. C’est d’ailleurs cette antinomie entre gaullisme et tradition républicaine qui rend compte du double échec du gaullisme au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Celui de 1945-1946 où la dictature vichyste a ranimé la méfiance envers le pouvoir personnel et l’autorité et redonné une nouvelle jeunesse à la culture républicaine, si bien que les projets gaullistes, fondés sur la légitimité historique et charismatique dont se réclame Charles de Gaulle, se brisent sur la légitimité du suffrage universel qui donne la primauté aux forces politiques qui en ont bénéficié. Celui de 1947-1953, avec la tentative manquée du RPF qui échoue face à la culture parlementaire qui imprègne la société politique et ce, en dépit de l’impuissance de la IVe République à résoudre les (...)


Page suivante


| RECHERCHE |
Plan du site
Témoignages, suppléments, courriers et compléments d'articles...

Découvrez les + d'Arkheia,
un ensemble de contenus exclusifs, à consulter en ligne.
Pierre Lefranc avait ses attaches en Corrèze
Pierre Lefranc est mort. L’un des barons du gaullisme s’est éteint le 7 janvier 2012. L’occasion pour Arkheia d’exhumer de ses archives l’entretien qu’il nous avait accordé dans notre numéro 7-8-9 dédié au gaullisme et à l’antigaullisme dans le Sud-Ouest. (n°7-8-9). Notre correspondant en Corrèze Gilbert Beaubatie nous rappelle également que l’ancien résistant gaulliste avait ses attaches dans le Sud-Ouest, plus particiulièrement à Brive.
Claude Singer, Le Juif Süss et la (...) Le livre de Claude Singer Le Juif Süss et la propagande nazie est l’histoire du film Le Juif Süss réalisé par Veit Harlan, et sorti sur les écrans allemands à la fin de l’année 1940. Ce film, au service (...)
Abonnez-vous !

Pour ne rater aucun de nos n°, abonnez-vous ! Seulement 20 € pour une année complète d’Arkheia