Arkheia, revue d'histoire

"Commandant Robert" (témoignage)

Par José Antonio Alonso Alcalde
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Article publié dans
Azaña 4 - 5 / hors série
José Antonio Alonso Alcalde : ancien résistant, chef de la 3e brigade de guérilleros (Ariège). Traduction de Elvire Diaz

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J’ai bien apprécié tout ce que j’ai entendu sur notre cher président, que des gens plus calés que moi ont bien expliqué : sa carrière, son parcours jusqu’à sa mort. Moi, j’étais jeune, quand la République a été proclamée, j’avais 12 ans, et aujourd’hui, à mon âge, j’ai encore l’énergie suffisante pour témoigner de ce que j’ai vécu ces années-là et pendant mes années d’exil. Sur Azaña, je ne m’étendrai pas longtemps car je ne connais pas bien son parcours, seulement ce que nous avons vécu pendant la République. Je retiendrai de lui et de son gouvernement les réformes qu’ils menèrent. Son gouvernement, qui était un gouvernement modéré – il n’y avait aucun révolutionnaire, seulement des modérés –, s’attaqua à des réformes qui, pour l’époque, étaient énormes. L’enseignement était entièrement entre les mains de l’Église catholique, alors on a créé des milliers d’écoles ; il s’attaqua modérément, parce qu’on ne pouvait tout faire d’un coup, à la réforme agraire ; il donna le droit de vote aux femmes ; il entreprit la réforme de l’armée – mais on ne sait pas que s’il voulait réformer l’armée c’est parce que, alors, la majorité des généraux n’avaient pas le droit de devenir généraux, ils n’avaient pas suivi les échelons normaux, ils avaient été nommés par Primo de Rivera arbitrairement, et il voulut réformer cette armée. Mais avançons. Avec la République, les gens commencèrent à parler.

On a commencé très jeunes, à partir de l’adolescence, dès 14 - 15 ans, à s’intéresser à la politique car les partis politiques faisaient des meetings, il y avait des journaux, des syndicats. C’est que la perte de la République, le coup d’État, nous vola non seulement la République mais, à notre génération, il nous vola notre jeunesse. Nous sommes passés de l’âge adolescent à l’âge adulte, car on était déjà un peu mêlés à la politique ; les uns militaient aux jeunesses socialistes, les autres dans les jeunesses libertaires, chacun son parti. On a perdu notre jeunesse quand la guerre est arrivée : à 17 ans et quelque, il fallait aller à la guerre, et nous sommes passés comme je l’ai dit d’adolescents à adultes ; cet âge où l’on aime danser ou jouer au football, on ne l’a pas connu. On a appris jeunes à tuer pour qu’on ne nous tue pas. En même temps, avec le coup d’État, on a perdu l’unité familiale, le lien familial s’est rompu. Je n’ai pas vu grandir mes frères et soeurs, je ne les ai pas vus jouer à la maison ni rire. Et, quand je suis rentré dès après la mort du tyran, quand j’ai retrouvé ma famille, mes soeurs, ils étaient tous très contents : ils disaient aux uns et aux autres « Venez, Pepe est arrivé ! ».

Un an après, quand j’y suis retourné, changement, j’ai entendu : « Le Français est rentré ». Je vis alors que, même si on était frères, (...)


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