Arkheia, revue d'histoire

Mireille et André, ou le parcours croisé de deux enfants juifs pendant la guerre

Par Cédric Gruat
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Article publié dans
Arkheia 25-26-27
Auteur : historien, conseiller historique pour la télévision. Il est l’auteur de Amis des Juifs (2005), Hitler à Paris (2010), Les langues du Général (2010) et L’Échange (2011).

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Mireille et André avaient cinq ans en 1940. L’un et l’autre ne se connaissent pas mais ont vécu un parcours assez semblable au cours des années noires, un parcours synonyme de séparation et d’éloignement, mais aussi de solidarité et de protection. Récit de leur histoire, à hauteur d’enfant.

Mireille (1) est né le 18 septembre 1935 à la maternité Baudelocque dans le XIVe arrondissement parisien. Son père, Isaac Gluckman, qui vient de Pologne, a émigré vers la France en 1926. Sa mère, Beila Kluger, est elle aussi originaire de Pologne. A l’âge de dix-huit ans, elle quitte son pays pour Berlin avant de gagner Paris en 1931. Isaac et Beila se rencontrent dans un restaurant de la rue des Rosiers : c’est le coup de foudre. Marié en 1932, le couple s’installe un an après la naissance de Mireille rue Saintonge avant d’emménager dans un appartement plus confortable près des Buttes-Chaumont, dans le XXe arrondissement. La vie semble sourire à la famille Gluckman : Isaac ouvre une boutique de confection ; en août 1939, Mireille part en vacances à La Baule avec ses parents où elle apprend à nager ; un petit frère, Jean-Claude, voit le jour quelques mois plus tard. André Panczer (2) naît lui aussi à Paris le 17 septembre 1935. Son père, Désiré, originaire de Hongrie, est arrivé en France avec sa famille en 1925. Sa mère, Tauba (Thérèse), vient de Varsovie. Elle est couturière à domicile, il est serrurier-ajusteur dans une usine. Habitant le même immeuble, ils se rencontrent et se marient. André vit avec ses parents et sa grand-mère paternelle 19 Faubourg Saint-Denis. L’appartement est modeste : deux pièces, une petite cuisine et un débarras sans fenêtre. André a comme copain de palier Jojo avec qui il joue aux osselets et aux billes. Les rares jouets qu’il possède sont ceux que son père lui a construits.

Mai 1940 : comme des millions de Français, les Gluckman quittent Paris en voiture pour le sud du pays. L’exode les emmène à Ussel, en Corrèze, où ils passent l’été chez l’habitant. En septembre, la famille débarque à Pau et s’y installe. Mireille a cinq ans. Inscrite à l’école, elle y apprend la lecture et le catéchisme. Pour ses camarades, elle se présente comme la fille d’un Alsacien ayant fui les Allemands avec sa famille. En octobre 1941, Mireille change d’école et intègre Saint-Jacques, une institution dirigée par des Dominicaines qui prennent le risque d’accueillir cette petite fille juive.

En juin 1940, devant l’avancée de l’armée allemande, la famille Panczer fuit aussi la capitale. A La Ferté Saint-Aubin, les parents d’André montent dans des autobus aux destinations différentes. André se retrouve avec sa mère à Moutier-Rozeille (Creuse) sans aucune nouvelle de Désiré. Ils sont hébergés quelque temps par les propriétaires d’un petit hôtel-restaurant puis regagnent Paris où le père (...)


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