Arkheia, revue d'histoire

Pierre Barral : un historien précurseur

Par Cyril Olivier
Retour au sommaire Retour au sommaire
Article publié dans
Arkheia n°14-15-16
Auteur : spécialiste de l’Occupation, est l’auteur d’une thèse sur « Les femmes de “mauvaises vies” dans la France de la Révolution nationale (1940-1944) ».

(...) locales alors que la concentration conserve le pouvoir central au sommet de l’État. Ce faisant, ce farouche militant ne tarde pas à s’adresser directement à Pétain par la remise successive de deux rapports circonstanciés préconisant l’organisation de régions administratives dans lesquelles les services publics seraient restructurés et placés sous l’autorité d’un gouverneur ou encore un préfet régional. À cela s’ajoute le voeu d’une large décentralisation par l’établissement d’assemblées propres, dotées de compétences et d’un budget. Très vite, le pragmatisme l’emporte et les différentes interventions dans le débat de personnalités telles que Raphaël Alibert et Joseph Barthélémy (gardes des Sceaux successifs) ne font que souligner l’impérieuse nécessité de maintenir dans une large acception la trame administrative existante et notamment le département. C’est ainsi que lors d’une visite officielle à Lyon, en novembre 1940, le Maréchal présente les futures provinces comme le regroupement de « cinq ou six départements », lesquels conserveront leurs préfets. Chargé de l’examen des différentes propositions au sein du secréta-riat général de la présidence du Conseil, le commandant Feriet fait preuve de cir-conspection, même s’il est largement favorable aux thèses régionalistes. Il décide de multiplier les avis les plus contemporains sur la question, intégrant la réflexion menée sous la IIIe République à propos des « régions économiques ». Ainsi apparaît une scission désormais classique du régime de Vichy opposant les traditionalistes aux technocrates : si le commandant Feriet s’avère des plus pragmatiques, liant la circonscription régionale aux intérêts économiques de sa population, d’autres tel René Gillouin restent sur des positions historiques, voir folkloriques, célébrant tout à la fois les « provinces », leur coutumes et dialectes. Au-delà de ces considérations, Barral montre bien qu’il s’agit d’un projet conçu au sommet et de l’État et qu’il ne trouve guère d’écho au sein d’une population dont les préoccupations sont ailleurs. Comme l’envisageait le commandant Feriet, le gouvernement se donne le temps de la réflexion et de la consultation par le biais de commissions instituées dans le cadre du Conseil national à partir de janvier 1941. Six mois plus tard, est adopté un projet proposé par Lucien Romier, lequel prévoit la création de vingt provinces aux noms traditionnels, parfois doubles ou triples. Attentive à la sauvegarde de l’unité nationale, la commission n’attend pas la fin des négociations concernant les frontières de la France occupée même si elle suit in fine l’avis des Affaires étrangères afin de ne pas faire bloc des régions annexées ou en passe de l’être. En même temps, les pouvoirs du futur gouverneur sont définis : « il gouverne la Province, il a pleins pouvoirs de décision sur toutes (...)

Réagir à cet article 1 Message
  • Quelques questions
    4 janvier 2012 16:38, par Philippe Lapasset

    Bonjour Monsieur Olivier, Je suis en Master 2 histoire et je travaille actuellement sur la prostitution pendant le premier franquisme à Valence, et la prostitution pendant le pétainisme. J’aurai beaucoup de question à vous poser, vu que vous êtes spécialiste. Pouvez vous me répondre à cette adresse électronique : philippelapasset@yahoo.fr

    Merci de votre aide, cordialement, Philippe Lapasset


    Répondre à ce message

| RECHERCHE |
Plan du site
Témoignages, suppléments, courriers et compléments d'articles...

Découvrez les + d'Arkheia,
un ensemble de contenus exclusifs, à consulter en ligne.
Une grève peu ordinaire : Decazeville 1961- 1962
L’historien Philippe Marcy revient sur une histoire qui a marqué les mémoires, la grève des mineurs de Decazeville en 1961-1962. Le bassin Houiller aveyronnais a 35 000 habitants environ. La mine employait 5 200 salariés en 1945, elle en compte 2 000 en 1962.
Femme d’action, femme résistante. (...) Après la publication des mémoires inédites de Marie-Rose Gineste dans un précédent numéro d’Arkheia, nous avons voulu donner un éclairage biographique sur l’une des rares actrices de la résistance (...)
Abonnez-vous !

Pour ne rater aucun de nos n°, abonnez-vous ! Seulement 20 € pour une année complète d’Arkheia