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Pierre Laborie, la France sous l’occupation

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Article publié dans
Critiques de livres

(...) différence de fond entre les deux types de déportation qui existaient alors : la déportation-répression qui touche les gens pour ce qu’ils ont fait (résistants, communistes ou même droits communs) et la déportation extermination (dans plus de 90 % des cas) qui frappe les gens pour ce qu’ils sont, Juifs ou Tsiganes. Pour des raisons d’imaginaire et de sensibilité collectifs à ce moment-là, les choses ne se disaient pas encore de manière aussi claire que maintenant. Le succès du Chagrin et la Pitié en 1971 est totalement différent. Le film de Marcel Ophüls porte sur les comportements des Français devant des problèmes qui ont été les leurs pendant l’Occupation. Sans dire clairement qu’ils ont été tous collabos, ce film permet à un certain nombre de gens d’en tirer l’idée que la France était lâche. Alexandre Jardin y revient d’ailleurs dans son livre, il parle des millions de familles françaises dont les placards sont remplis de souvenirs de la collaboration. Le Figaro, qui défend Jardin, reprend aussi cette idée, et cela me semble complètement contraire à la réalité. La collaboration en France n’a jamais été soutenue par l’immense majorité de la population. C’est avéré aujourd’hui. Une convergence d’archives, même du côté allemand, ne laisse pas le moindre doute.

- Pourquoi publier aujourd’hui un livre sur les idées reçues qui circulent sur la collaboration et pourquoi avoir pris le Chagrin et la Pitié comme référence ? Quand j’ai pris ma retraite il y a deux ans, on m’a demandé de faire des stages d’information pour des futurs professeurs, des gens entre 25 et 35 ans, qui avaient complètement intégré ce que j’appelle la « vulgate ». À la suite du Chagrin et la Pitié, il n’y a absolument plus eu la moindre interrogation critique : en gros les Français ont été répugnants, indignes, c’est devenu une vérité d’évidence. La force de la « vulgate », dont j’ai essayé de reconstituer la genèse, s’est installée en laissant tomber toute volonté de s’interroger sur la crédibilité éventuelle de cette vérité-là. Depuis 2004, une leçon au programme des classes de terminale, « Mémoire de la Seconde Guerre mondiale », est une légitimation, sans le moindre esprit critique, de cette vulgate. J’ai écrit ce livre parce que je pense qu’il faut refuser cet enfermement dans la pensée conforme.

- La « vulgate » et l’opinion d’aujourd’hui auraient donc été instillées par le Chagrin et la Pitié. Je crois qu’Ophüls a été dépassé – il le dit lui-même un petit peu – par son œuvre et surtout par la réception de son œuvre. Il y a eu un effet d’emballement. Un effet d’aveuglement aussi, ou peut-être le besoin de se reconnaître dans cette France décrite comme coupable. J’ai partagé l’enthousiasme provoqué par le film à sa sortie et il n’est pas question de remettre en cause sa légitimité dans (...)



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