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Pierre Laborie, la France sous l’occupation

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Article publié dans
Critiques de livres

(...) la perspective de la France des années 70. A cette époque, je commençais à enseigner et j’exigeais que tous mes étudiants aillent le voir. Le problème ensuite, est qu’il va devenir ce qu’on va lui faire dire. Et peu à peu, il a, à son tour, instrumentalisé l’histoire.

- Vous convoquez Simone Veil qui a tout de suite dénoncé les défauts du film. Membre du conseil d’administration de l’ORTF, elle était contre la diffusion du film à la télévision. Quand il est ressorti dans les salles en 1979, elle a pris des positions ouvertes, comme Germaine Tillon. Selon elles, ce film était « pernicieux », car en montrant une France lâche, égoïste, méchante, on noircissait la réalité. « Au fond, disait Simone Veil, en montrant que tous les Français avaient été des salauds, ceux qui l’ont été vraiment avaient très bonne conscience puisqu’ils l’étaient comme les autres. » C’était précisément l’argument des néovichystes dès le lendemain de la guerre ! Cette opinion, dites-vous, est née en 1946-1947 avec ce qu’on appelle « les excès de l’épuration ». En effet, il y a eu une réaction contre des bavures de l’épuration, car bien sûr elles ont existé. Du même coup, les gens d’extrême droite, contestant à la Résistance le droit de tuer, en sont venus à nier la Résistance elle-même. Et par conséquent, la légitimité d’une République fondée sur une résistance qui n’aurait pas existé. Très vite, tout le monde a su que les résistants ont été quantitativement minoritaires, il n’y a aucun doute là-dessus.

Dans les années 50, les écrivains « hussards », Roger Nimier et Antoine Blondin véhiculent le même discours sur la France coupable, la France collabo. Blondin qui écrivait sur le Tour de France, un type apparemment sympa, était finalement un vrai salaud. Par exemple, quand il tourne en dérision les résistants, avec le film de René Clément « La Bataille du rail », qu’il rebaptise « le Bétail du rail, un très beau documentaire sur l’abattage clandestin ». Marcel Ophüls a fait un film pour 1971, comme il disait lui-même, pas pour les années qui vont suivre… Ophüls projette sur le passé le présent d’un soixante-huitard. Il règle des comptes avec la France gaulliste, et même avec la télévision gaulliste. C’est ce qu’il dit au début. C’est de l’instrumentalisation dans ce sens, une projection du présent sur le passé.

- Mais finalement tout le monde instrumentalise ? Au lendemain de la guerre, pour récupérer la Résistance, les communistes ont inventé 75 000 fusillés dans leurs rangs. Chiffre complètement démesuré par rapport au nombre de fusillés qu’il y a eu en France, pas tous communistes. Ce mensonge a été très néfaste pour la mémoire de la Résistance. Certains historiens associent l’idée de résistance à l’idée de mythe, dans le sens élémentaire du terme, celui de fable, de légende. Il (...)



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