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Pierre Laborie, la France sous l’occupation

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Critiques de livres
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(...) me semble que nous n’en sommes pas sortis, au contraire : petit à petit, de la démystification on est passé à une véritable dénaturation. Personne ne conteste que la Résistance en France a été minoritaire. Mais quel sens ont les chiffres quand il s’agit de juger et de prendre conscience d’un phénomène comme la Résistance ? Le problème, c’est que ce constat d’une minorité est relayé par les résistants eux-mêmes, qui veulent montrer qu’ils ont été une élite exceptionnelle. Partant de là, on se sert de cette minorité pour dire que les Français ont donc été complices, lâches, etc. On se sert de la Résistance, tout en la dénigrant.

- Comment un historien peut-il éviter d’être instrumentalisé ?Je ne connais pas la recette. Je balaie devant ma porte. Je le répète, j’ai été un fan inconditionnel du Chagrin et la Pitié et aujourd’hui, avec le recul, je me rends compte que moi-même j’ai participé à la mystification. En conclusion de mon livre, je parle de ce que Léopold Senghor appelait les « sentiers obliques des histoires de France, par les errements et les reniements qui font parfois douter de ses lumières ». Incontestablement, je suis instrumentalisé, et parfois je risque de l’être sans le vouloir.

- Il est donc naturel de réécrire tout le temps l’histoire ?Absolument, c’est même une règle. Sur le sens qu’on donne aux différents événements, l’interprétation qu’on peut en faire, nous sommes dans une relecture permanente. L’historien helléniste Jean-Pierre Vernant me disait toujours : « Les historiens qui travaillent sur la Grèce, à quelques exceptions près, épluchent les mêmes documents, les mêmes archives, les mêmes pièces, les mêmes inscriptions depuis deux siècles. Or, l’histoire qu’on écrit maintenant sur la Grèce antique n’a plus aucun rapport avec ce qui avait été écrit par Fustel de Coulanges (la Cité antique, 1864). » C’est banal pour un historien, mais ça passe encore mal dans le grand public.

À propos de Pierre Laborie…

Professeur honoraire d’histoire contemporaine à l’université de Toulouse-Le Mirail et firecteur d’études à l’EHESS, Pierre Laborie est spécialiste de l’opinion publique sous le Régime de Vichy. Il a notamment publié Résistants, Vichyssois et Autres, Paris, Ed. du CNRS, 1980 L’opinion française sous Vichy, Éditions du Seuil, Paris, 1990 Les Français sous Vichy et l’Occupation, Éditions Milan, Toulouse, 2003 Le chagrin et le venin : La France sous l’Occupation, mémoire et idées reçues, Bayard, Paris, 2011.

Nous remercions Jacky Tronel de nous avoir signalé cet entretien que vous pouvez aussi lire sur son blog 

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