Arkheia, revue d'histoire

Pierre Tafani, Les Clientèles politiques en France

Par Jérôme Grévy
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Article publié dans
Arkheia n°11-12-13
Auteur : Historien, il est professeur d’histoire contemporaine à l’Université de Poitiers. il est l’auteur de La République des opportunistes, Perrin, 1998 ; Garibaldi, Presses de Science Po, 2001 ; Le cléricalisme ? Voila l’ennemi, Armand Colin, 2006.

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La dénonciation de la classe politique constitue, en France, un véritable passe-temps national. Les hommes au pouvoir sont régulièrement pris à partie, accusés non seulement de trahir leur programme et de mal gérer les affaires de la cité, mais surtout de ne chercher avant toute chose que leur intérêt propre. L’ancienneté et la force de ce trait de la culture politique commun à tous les Français pourrait amener à hausser les épaules lorsque surgissent de nouvelles accusations. Et pourtant… Pierre Tafani, chercheur en sciences politiques au CNRS, transforme cette vieille rumeur en objet d’étude et entreprend de démonter les mécanismes de ce qui constitue, à ses yeux, l’un des traits principaux du système politique français, le clientélisme. Pas à pas, il étudie comment les élus établissent une complicité avec leurs électeurs, faisant de ceux-ci leurs obligés et réciproquement. En remerciement des voix qui lui ont été accordées, celui qui accède au pouvoir octroie prébendes et avantages en tout genre à des administrés qui, en retour, renoncent ipso facto à exercer un quelconque pouvoir de contrôle. Il est ainsi montré que le clientélisme corse est la survivance modernisée du traditionnel système clanique qui permet aux notables de l’île de beauté de contrôler les postes étatiques. Dans la ville voisine de Nice, le patronage urbain établi par la famille Médecin permet aux Niçois de conserver le pouvoir en dépit de l’arrivée massive d’allogènes. A Lille, c’est au profit du PS que, depuis 1919, est organisé un maillage étroit, associatif, syndical, professionnel, dont la fonction première est de conserver à tout prix la mairie du centre historique de l’agglomération. C’est au cas de Jacques Chirac que l’auteur accorde l’étude la plus complète, traquant ses méthodes de conquête et fidélisation de la Corrèze, de la ville de Paris puis des élites du pays. Bien loin de protéger le citoyen contre les empiètements de l’État, les élus n’ont pour seul souci que de conserver le pouvoir en tissant un réseau complexe de relations notabilitaires. Les systèmes étudiés présentent des différences de degré, du pouvoir personnalisé à l’institutionnalisation de la distribution de prébendes, mais le principe du clientélisme demeure le même. Abandonnant tout idéalisme, le citoyen accepte de bon cœur le pragmatisme laxiste dont il bénéficie. Au terme de cette démonstration serrée, le lecteur ne manquera pas d’être perplexe. Dans quelle mesure est-il possible de généraliser les conclusions de cette succession de micro-enquêtes ? Faut-il penser que la République est impossible dans notre pays, faute d’hommes de vertu ? Que la Démocratie est illusoire puisque les élus, loin de rechercher le bien commun, n’ont d’autre objectif que la conquête ou la sauvegarde du pouvoir ? Est-il naïf de penser que des élus assument des (...)

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