Arkheia, revue d'histoire

Pourquoi Vichy a-t-il interdit le rugby à XIII ?

Par Mike Rylance
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Article publié dans
Arkheia n°14-15-16
Auteur : Mike Rylance est journaliste spécialiste du rugby à XIII et auteur de The Forbidden Game (League Publications, 1999), et également professeur de français dans un lycée du Nord de l’Angleterre.

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À la veille de la Deuxième Guerre mondiale, la Ligue française de rugby à XIII est en pleine expansion. Elle compte plus de 200 clubs et son championnat professionnel regroupe 14 équipes. En février 1939, le XIII de France est la première équipe française de rugby à battre les Anglais sur leur sol. En octobre 1940 pourtant, le rugby à XIII cesse d’exister en France, victime d’un décret du gouvernement de Vichy.

Lorsque Marcell Laborde, le président de la Ligue française de rugby à XIII, annonça, le 17 octobre 1940, à l’issue d’une réunion au Capitole de Toulouse, « Nous jouerons dorénavant à quinze et dès dimanche à Carcassonne contre Perpignan », il reconnaissait un fait accompli. Le rugby à XIII, dont le succès foudroyant avait risqué un temps de déstabiliser le rugby traditionnel, avait été rayé de la carte. Le gouvernement de Vichy, par l’intermédiaire de son commissaire général aux Sports, Jean Borotra, avait mis un terme à l’essor du rugby à XIII, qui, depuis son implantation en 1934, avait conquis le public français. « M. Borotra, qui a bien voulu reconnaître notre oeuvre, fait appel à la collaboration de la Ligue, continua Laborde, je la lui ai donnée, pour ma part, entière et loyale. Le commissaire général aux Sports ne condamne pas notre jeu puisqu’il se propose de le faire pratiquer par des scolaires. Mais il veut unifier, pour le rénover, le rugby et rétablir le prestige du sport français. C’est un ralliement et non un reniement. Les clubs à XIII deviennent des clubs à XV avec les garanties morales et matérielles que je publierai cette semaine. Tous les clubs de la Ligue devront appliquer ma conduite. Ce sera fait dans la semaine. Sans doute pourrait-on à l’occasion se souvenir du mot célèbre, ‘qu’ils soient tels ou qu’ils ne soient plus’. J’ai préféré rester assez semblables à nous-mêmes et continuer. Mon attitude servira, j’en suis sûr, le sport en général et le rugby méridional en particulier. Nul doute que l’esprit d’union qui se manifeste au débutde cette fusion ne soit d’un heureux présage pour l’avenir du rugby français » [1]. Comme beaucoup d’autres déclarations en temps de guerre, les paroles de Laborde masquaient la vérité. Cet « esprit d’union » n’existait pas. Cette « fusion » ne fut bénéfique qu’au rugby à XV. Le rugby à XIII ne devait même pas être pratiqué par des scolaires et les « garanties morales et matérielles » s’avérèrent n’avoir aucune valeur, car tous ses biens furent confisqués et ne furent jamais restitués. Quant à la phrase « assez semblables à nous-mêmes », Laborde semblait vouloir cacher les différences considérables entre les deux rugby, lesquelles allaient au-delà des règles. Le rapport de la commission d’enquête sur la politique du sport et de l’éducation physique sous l’Occupation, rendu public en 2002, fait état du contexte. « Le rugby à XIII qui (...)


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