
Au cours de l’été 1944, rares sont les communes de France qui n’ont eu leur cortège de femmes tondues. En ces journées qui mettent un terme à quatre années d’occupation, l’euphorie et la joie s’accompagnent de sévices infligés à des femmes soupçonnées d’avoir exercé la « collaboration horizontale », expression désignant les relations intimes entre certaines Françaises et des Allemands. Vingt mille femmes auraient été touchées par cette « épuration sauvage » massive. L’historien Fabrice Virgili signale que « l’on imagine trop souvent les tontes comme accompagnant les seules journées de la Libération. Elles commencent en réalité plusieurs mois auparavant et ont été annoncées par certains organes de la presse clandestine », elles perdurent jusqu’à l’automne 1944 et réapparaissent en mai-juin 1945 lors du retour des requises du STO. Les femmes tondues ne le sont pas toutes dans les circonstances que l’on imagine : foule en liesse de la Libération, oeuvre de résistants de la dernière heure et châtiant exclusivement des relations sexuelles avec l’occupant. En effet, à rebours du sens commun, l’historien périgourdin Jacky Tronel a récemment démontré, à travers le cas du département de la Dordogne, que les tontes étaient programmées, le plus souvent avec le blanc-seing d’autorités administratives établies et souveraines. Ainsi, le photographe et le coiffeur du village ceint de sa blouse blanche ne rechignent-ils pas pour l’un à tondre ces femmes et pour l’autre à immortaliser une scène dont la dimension pédagogique est patente. Mieux encore, l’étude des registres d’écrou atteste que le motif d’internement des femmes tondues pour « relation sexuelle avec l’ennemi » fut notoirement insignifiant : l’intelligence avec l’occupant ou la trahison représentaient près des neuf dixièmes des motifs d’emprisonnement. Parmi ces femmes condamnées à la tonte, un nombre non négligeable furent de véritables informatrices, agents de la Milice ou de l’occupant. Il n’en reste pas moins qu’elles subirent une double peine : pour s’être engagées dans la mauvaise voie au nom de leurs idées politiques et pour l’avoir fait en tant que femmes – ce qui leur valut de subir ce cérémonial avilissant et déshonorant. L’historien Jean-Marie Guillon fait remonter cette violence spécifique à une tradition ancienne où la (...)
Avec la parution de notre numéro Azana 3, paru le 21 octobre 2009, dernier hors série paru aux éditions Arkheia, nous clôturons l’abonnement 2009.
Celui-ci aura permis à nos abonnés de bénéficier gratuitement d’une remise de 23 euros avec la réception gratuite de notre hors-série.
Pour poursuivre votre abonnement pour 2010, n’attendez pas, renvoyez-nous dès aujourd’hui votre demande auquel est jointe votre chèque de 16 euros à Arkheia, 5 bld Marceau-Faure, 82100 Castelsarrasin.