Arkheia, revue d'histoire

Presse, censure et répression de la IIIe République à Vichy

Par Guillaume Bourgeois
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Article publié dans
Arkheia n°11-12-13

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En quoi la censure diffère-t-elle de ce que l’on appelle la répression de la presse ? La censure est un contrôle effectué a priori alors que la répression se manifeste à travers une série de mesures a posteriori comme les saisies ou la suspension. Il convient d’ajouter que la censure procède des autorités administratives de l’Etat et non des autorités policières ou judiciaires comme la répression.

Dès que sont nés les premiers documents imprimés, une forme de censure s’est instituée en France à travers le “ règlement de la Librairie ”, lequel incitait à ne vendre que les titres approuvés par l’Eglise. Le premier périodique imprimé d’information, la Gazette, fut dès sa création, financée par Richelieu. Ainsi naquit cette idée française selon laquelle il peut et doit exister un discours d’Etat sur le réel. Parallèlement au développement des offices de censeurs, la Direction de la librairie se renforça au XVIIe siècle et au XVIIIe siècle. La Révolution française proclama certes, en août 1789, l’article XI de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen (“ …tout citoyen peut […] parler, écrire, imprimer librement […] ”), mais elle passa, à partir de 1792, à la généralisation de la répression à l’encontre des monarchistes puis des girondins et des modérés. Selon ses dirigeants, la république devait se défendre à n’importe quel prix contre ses ennemis ; elle était en droit de considérer la liberté de la presse comme un luxe, voire une menace… Thermidor introduisit les pressions indirectes. Les titres autorisés se retrouvèrent les uns après les autres placés économiquement à la merci du pouvoir grâce à la loi du timbre puis au cautionnement. La France, qui avait inventé en 1789 la presse de masse, dû dès lors se contenter de journaux contrôlés, sérieux et diffusés par abonnement. Mais cela ne dura point car les journalistes ne rentrèrent jamais complètement dans le rang ; en même temps, les tirages ne cessaient de croître grâce aux progrès techniques et l’illettrisme régressaient. On entrait dans l’Âge d’or de la presse française… Les patrons de journaux devenaient des capitalistes parmi d’autres, en même temps que des hommes politiques sûrs de leurs droits. Au cours des journées révolutionnaires de juillet 1830, les Trois Glorieuses, la corporation de la presse, appuyée par le peuple de Paris, eût rapidement raison du régime qui voulait la bâillonner. Fait remarquable, lors de la révolution suivante, celle de 1848, c’est à partir des rédactions de deux journaux d’opposition – le National, de Lamartine, et la Réforme, de Ledru-Rollin – que se constitua le gouvernement provisoire. Beaucoup de journaux, énormément de journaux, de plus en plus de journaux… La presse parisienne frôlait le million quotidien en 1860 et dépassait le double million un peu moins de dix ans plus tard.

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