Arkheia, revue d'histoire

Réactions au n° Vichy, Etat occitan ?

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Arkheia n°17-18

(...) j’ai aperçu à plusieurs reprises le marquis Folco de Baroncelli, homme à l’immense allure dont la présence était quasi obligatoire. Apparaissait - il en même temps dans le rôle du seigneur des lieux, en forme de remémoration de l’Ancien Régime ? Je ne le pense pas. Cet homme manifestait une qualité discrète. Il arrivait à la tête de ses gardians d’une façon naturelle, élégante, affi chant une très grande courtoisie ; il était à la fois homme de la terre et intellectuel, un personnage complet à l’autorité simple et évidente … à lui seul un emblème de la Provence. Bien sûr, l’esprit gardian était un fait enraciné et l’on n’avait pas attendu l’instauration de l’État français pour célébrer Lou Marquès mais je me dis rétrospectivement que tout était à ce moment - là sans doute beaucoup plus manifestement mis en scène.

Plus tard, j’ai compris comment ces événements se plaçaient dans le cadre beaucoup plus large d’un régionalisme dont je n’avais pas la moindre idée mais qui, visiblement, agaçait quelque peu mon père. À titre d’exemple, lorsqu’il y avait l’une de ces réunions qui, sous un prétexte quelconque, se déroulaient, soit à Arles, soit dans des villages à l’entour, mon père était stupéfait de voir l’assistance se lever aux premières notes de La Coupo Santo, progressivement élevée au rang d’une sorte d’hymne régional. Évidemment, elle n’était pas exactement jouée comme un hymne mais La Coupo Santo ponctuait toutes les fêtes locales – à Arles ou aux Saintes - Marie, dans d’autres villages de l’arrondissement –, je me souviens par exemple de Boulbon, qui est un peu plus au nord, du côté de Tarascon, où la fête traditionnelle des vendanges – nous entrons dans le pittoresque régional – se traduit par une messe au terme de laquelle chaque participant sort de sa poche une bouteille et en boit deux ou trois gorgées avant de recevoir la bénédiction du curé … Comme Jean des Vallières ne manquait pas de parler du Maréchal, de la Révolution nationale, le tout faisant partie du vocabulaire obligatoire, il n’était pas rare que l’assemblée entamât tout aussi irrésistiblement Maréchal, nous Voilà ! en forme de deuxième bénédiction. Pour mon père qui était un Normand, la France était une et indivisible et il n’y avait qu’un seul air de musique française digne d’être salué par un représentant des institutions, c’était La Marseillaise. Il s’en était ouvert au sous - préfet des Vallières qui, en tant que l’un des principaux instigateurs de tout cela, ne s’en était guère laissé compter. Je vivais quant à moi une découverte totale. Ce qu’il pouvait y avoir d’artificiel dans cette application de l’idée de régionalisme avait cet avantage qu’il prenait son essor dans un pays qui était beau, qui était intelligent et qui fut pour moi une source d’épanouissement. Après (...)



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