Arkheia, revue d'histoire

Refuge et sauvetage en terre corrézienne

Par Gilbert Beaubatie
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Article publié dans
Arkheia 25-26-27

Du tract distribué par Edmond Michelet qui, dès le 17 juin 1940, à Brive, désavouait la demande d’armistice du maréchal Pétain à la libération précoce de la sous-préfecture, par ses propres moyens, le 15 août 1944, la Corrèze est une terre de résistance. Celle-ci se renforce d’ailleurs à partir de 1943 quand les maquis FTP et, AS se structurent et se montrent plus opérationnels, entraînant une brutale répression de la part des troupes d’occupation qui multiplient alors les exactions : rafles des Juifs, incendies, massacres et pendaisons.

Quelle fut l’attitude des populations locales vis-à-vis des Juifs et des enfants en particulier ? Si le sort des enfants juifs en Corrèze n’a pas encore fait l’objet d’une étude rigoureusement scientifique, on peut dégager, à partir des réactions de l’opinion, telles que les fait remonter le préfet, deux moments distincts. Dans un premier temps, le sentiment est plutôt de défiance comme le résume, dans un rapport daté du 2 décembre 1941, le préfet de Corrèze évoquant la manière dont les Juifs sont perçus : « généralement aisés, ils se rendent intolérables, par leur soif de jouissance, leur souci d’échapper, grâce à leur fortune, aux souffrances communes » ; « ils contribuent à la hausse du coût de la vie en se portant acquéreurs, à n’importe quel prix, des denrées dont ils ont besoin » ; « ils démoralisent la population, tant par l’exemple de la vie désœuvrée qu’ils mènent, que par leurs tendances anglophiles et leur réserve vis-à-vis du gouvernement ». Ce sentiment de défiance à l’égard des Juifs semble confirmé, quelques jours plus tard, par le sous-préfet de Brive, lequel rapporte que les mesures prises contre eux n’ont soulevé aucune « réprobation particulière. » Quelques réactions de franche hostilité apparaissent. L’auteur d’une lettre, interceptée par le contrôle postal, se demande si on va enfin se débarrasser de « ces indésirables », de « cette sale race, de cette bande qui a fait et continue à faire notre malheur ». Critiques et plaintes se font entendre contre les « accapareurs qui raflent tout à des prix fabuleux » : à Tulle, à Meymac et à Treignac, mais aussi à Brive, à Beaulieu, et à Meyssac ; « on sent même gronder la colère ». Au diapason de l’opinion, le préfet prend alors la décision de les assigner à résidence, une mesure accueillie « favorablement » par la population persuadée de voir ainsi s’interrompre « leur activité dans le domaine du marché noir ».

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