Arkheia, revue d'histoire

Renaud Jean, carnets d’un paysan député communiste

Par Max Lagarrigue
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Auteur : Max Lagarrigue est historien. Il est l’auteur notamment de 99 questions... La France durant l’Occupation (CNDP, 2007) ou de Renaud Jean. carnets d’un paysan député communiste (Atlantica, 2001).

(...) intelligent, travailleur, foncièrement honnête, certainement une des belles forces d’avenir du communisme français ”. Ce rapport du kominternien témoigne tôt du caractère et du poids que Renaud Jean a sur le parti. C’est pour éviter une scission que les dirigeants du PCF et de l’IC tolèrent ses prises de positions “ déviationnistes ” et ses oppositions systématiques.

Si le parti a fait le choix de préserver Renaud Jean en son sein, sans doute est-ce dû au fait qu’en dehors, celui-ci lui aurait fait le plus grand tort. En effet, le Parti communiste français de l’entre-deux-guerres est composé d’une bigarrure de courants antagoniques. La décision de l’Internationale de préserver au sein du PCF un contestataire comme Renaud Jean n’est donc pas surprenante. L’opposition interne de celui-ci reste dés lors contingentée dans le silence des correspondances et des séances houleuses du bureau politique ou du comité central. De cette manière, le danger est maîtrisé dans un certain “laisser-faire”. La lettre expédiée en 1928 par le secrétariat du PCF à Renaud Jean une fois faite, son désir de se démettre de toutes ses responsabilités dans l’appareil, démontre l’importance que l’on accorde à sa présence dans le parti : “ (…) Ta lettre du 6 mai dans laquelle tu nous confirmes ta décision irrévocable nous a peinés. Nous espérons que tu auras encore réfléchi depuis et que, après le CC, après les discussions politiques que nous avons eues, tu pourras revenir sur tes décisions précédentes. Nous te demandons encore de travailler avec nous pour la tournée de juin ; d’écrire pour l’Humanité des articles sur la question paysanne. Enfin, nous espérons que tu ne renonceras pas à collaborer avec nous. Nous t’offrons le poste qui te conviendra le mieux et dans l’intérêt de tout le Parti, car tu dois bien comprendre que ton absence créerait un vide ”.

L’itinéraire d’un cadre communiste en marge.

“ Ma patrie est limitée au sud par la barrière sombre des landes, au nord par les coteaux du Périgord et du Quercy (…) Cette terre en plein travail qui essaye en quelques jours de rattraper les semaines gâchées par les caprices de mars et d’avril, exerce sur celui qui la parcourt une attraction puissante. On voudrait s’arrêter là, ou plus encore prendre un outil et le planter dans le sol pour aider au formidable enfantement qui se prépare. Or, toute halte est défendue. La réunion s’achève, une autre réunion attend. Il y a des côtes à gravir, et pour lutter contre les rapides limousines de ses concurrents, le candidat communiste ne dispose que d’une bicyclette. C’est ce que l’on appelle la liberté de penser, la souveraineté du peuple, la démocratie… ”.

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