Arkheia, revue d'histoire

Renaud Jean, carnets d’un paysan député communiste

Par Max Lagarrigue
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Auteur : Max Lagarrigue est historien. Il est l’auteur notamment de 99 questions... La France durant l’Occupation (CNDP, 2007) ou de Renaud Jean. carnets d’un paysan député communiste (Atlantica, 2001).

(...) Internationale. Les germes de ce communisme isolé du Sud-Ouest, ont pour origine un “ paysan ” gascon dont le nom sonne comme un écho redondant, Jean Jean. Né en 1887 à Samazan (lieu dit Latapie) dans le Marmandais (Lot-et-Garonne), fils unique d’un métayer devenu petit propriétaire, le jeune Jean est élevé dans le culte de la terre et de la République. Son grand-père semble avoir affirmé ses positions républicaines à une époque où cette étiquette était difficile à porter. Depuis 1904, son père est conseiller municipal de Samazan. A la faveur des élections municipales du 5 mai 1912, il est élu maire de la commune à la tête d’une liste radical-socialiste avec 64% des inscrits !

Élève doué, il ne peut poursuivre des études une fois obtenu son certificat d’étude. Seul héritier, d’une terre acquise aux prix d’efforts opiniâtres, Jean Jean se doit de poursuivre l’entreprise familiale autour d’un petit lopin de terre. Rien jusque-là, ne le prédestinait à devenir un acteur de premier plan dans quelque mouvement politique ou social. Tout au plus, pouvait-il espérer poursuivre l’action d’édile municipale de son père. C’est la mobilisation générale de juillet 1914 qui le contraint à quitter sa Gascogne. Incorporé dans le 24e régiment d’infanterie coloniale, il est blessé au cours de la bataille de la Marne le 8 septembre 1914. A vingt-sept ans, son légendaire caractère de Gascon têtu se manifeste dans ses carnets de guerre, ses premiers écrits. Grièvement blessé par un éclat d’obus à la jambe, il écrit : “ j’aurai pu quelque heures après mes blessures être ramassé par des brancardiers allemands : je ne le voulus pas. J’avais peur de la prison qui dans mon esprit devait suivre l’hôpital. Lorsque, le lendemain matin, le 77 bombarda morts et blessés, mon refus faillit me coûter la vie ”. Des lignes qui témoignent de la force de caractère du jeune homme. Après trente heures sans soin dans la boue, Jean est envoyé à l’hôpital de Saint-Rémy puis transféré à Agen. Il en garde comme séquelle une claudication permanente qui l’éloignera à tout jamais du travail des champs. Durant sa convalescence, il rencontre Isabelle Mendès, infirmière de circonstance, avec qui il se marie le 30 mars 1915 à Samazan. L’autorité de sa compagne est manifeste dans l’apprentissage intellectuel de Jean, le politologue Stéphane Baumont pousse plus loin le raisonnement en déclarant que ” c’est sous l’influence de sa femme, lors de sa convalescence, que Renaud Jean avait commencé à rédiger sur un cahier d’écolier, un roman dans le style du Feu de Barbusse (…) De paysan sa femme fait de Renaud Jean un enseignant, un être cultivé qui ne cessera, depuis son mariage, d’étudier, de lire et d’écrire. Sans Isabelle, il ne serait peut-être pas devenu un permanent du Parti communiste, ni n’aurait connu une ascension aussi rapide (…) ”. (...)



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