Arkheia, revue d'histoire

Renaud Jean, carnets d’un paysan député communiste

Par Max Lagarrigue
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Auteur : Max Lagarrigue est historien. Il est l’auteur notamment de 99 questions... La France durant l’Occupation (CNDP, 2007) ou de Renaud Jean. carnets d’un paysan député communiste (Atlantica, 2001).

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Comme le fait judicieusement remarquer Jacques Clémens, les carnets de 1914 attestent “ d’une grande maturité et maîtrise culturelle chez le futur député ”. Conseillé par son épouse, Jean apprend l’espagnol. Dès mai 1916, il se voit confier le poste de professeur auxiliaire à l’école pratique de commerce et d’industrie d’Agen, profession qu’il conserve jusqu’à septembre 1919. A cette date, il est révoqué malgré une demande au titre de professeur adjoint. Officiellement, l’administration invoque le motif de “ surnombre ” avec le retour des anciens combattants. Les raisons de ce renvoi ont, semble t-il, un caractère plus politique qu’économique. L’intervention du député-maire radical d’Agen, Jules Cels, n’y est vraisemblablement pas étrangère.

Et pour cause, remarqué par l’activité qu’il déploie dans les journaux socialistes départementaux et nationaux, Jean s’expose à un autre feu. Ajoutons que dès les législatives de 1914, la fédération socialiste de Lot-et-Garonne a décidé de s’opposer ouvertement à Jules Cels en soutenant le maire d’Agen, Georges Laboulène. Nul doute que les slogans stigmatisant le député radical sortant comme “ ennemi de la classe ouvrière ” et que la consigne de vote sommant “ qu’aucune voix de travailleurs ne doit se porter sur son nom ! ”, ont conduit en catimini à un règlement de compte dont est victime le nouveau secrétaire de la fédération SFIO.

“ De paysan, la guerre avait fait de lui un invalide et un émigrant ; de célibataire, la guerre avait fait de Jean l’époux de l’influente Isabelle Mendès ”, Jean Jean se transforme dès lors en Renaud Jean. Le petit paysan meurt tandis que naît le paysan communiste.

| Née le 4 mai 1882 à Bordeaux, Isabelle Mendès, après une scolarité à Bordeaux, obtient un brevet de capacité pour l’enseignement primaire le 30 juin 1897 puis le diplôme de fin d’études secondaires en 1899. En 1904, elle réussit son entrée comme élève à l’École Normale Supérieure de Sèvres. Admissible à l’agrégation de sciences, elle est nommée professeur au collège de jeunes filles à Villeneuve-sur-Lot, le 17 septembre 1907. Elle continue sa carrière au lycée de jeunes filles d’Agen par la suite. Le 4 septembre 1909, elle obtient son agrégation. Elle achève sa carrière au lycée de Versailles le 6 décembre 1941. Isabelle a-t-elle une parenté avec la famille Mendès-France ? Il nous a été impossible d’en retrouver la trace. Issu d’une famille juive, son père Gaston Mendès était fondé de pouvoir de l’entreprise H. Thompson de Bordeaux. C’est grâce à l’aisance familiale de sa belle-famille que Renaud Jean pût tenir durant l’Occupation sans s’exposer à de grandes difficultés matérielles. Si son indemnité parlementaire cesse d’être perçue à partir du 3 janvier 1940, il apparaît qu’Isabelle, qui continue à exercer, n’a (...)



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