
Pour bien mesurer toute l’ampleur du dispositif répressif, il est nécessaire de garder en mémoire la chronologie des événements qui se succèdent à compter de la déclaration de guerre de l’Angleterre et de la France à l’Allemagne. La guerre qui éclate le 3 septembre 1939 conduit le gouvernement Daladier à renforcer la surveillance des milieux politiques considérés comme subversifs et à étendre la procédure d’internement à tout individu, étranger ou non, suspecté de porter atteinte à la défense nationale ou à la sécurité publique. Le 26 septembre 1939, le parti communiste français est dissout par décret, au motif qu’il a approuvé le pacte germano-soviétique signé à Moscou, le 23 août 1939, par Ribbentrop et Molotov. Avec le décret-loi du 18 novembre 1939, une nouvelle étape est franchie : « Les individus dangereux pour la défense nationale ou pour la sécurité publique peuvent, sur décision du préfet, être éloignés par l’autorité militaire des lieux où ils résident et, en cas de nécessité, être astreints à résider dans un centre désigné par décision du ministre de la défense nationale et de la guerre et du ministre de l’intérieur. » Il s’agit d’une véritable « loi des suspects » qui vise principalement les militants et sympathisants communistes ainsi que les « ressortissants de puissances ennemies ». L’internement administratif accorde de fait aux préfets un pouvoir souverain. Sans qu’aucun délit n’ait été commis, sans qu’aucun jugement ni aucune condamnation n’aient été prononcés, ces derniers peuvent à loisir interner, « à titre préventif ». Cette suprématie préfectorale s’amplifie sous Vichy, conduisant l’historien Marc Olivier Baruch à écrire : « L’administration territoriale devait revenir au modèle napoléonien des origines : redevenu l’empereur de son département, le préfet n’aurait pas de difficulté à assurer son rôle de représentant unique du pouvoir central. »
Le château du Sablou a été bâti au XVIIIe siècle, sur une terrasse rocheuse émergeant de la forêt, face au village de Fanlac, village rendu célèbre par Jacquou le Croquant, héros du célèbre roman d’Eugène Le Roy. En 1940, il appartient àHenri-René Bardin, négociant parisien. La réquisition du lieu par le préfet (...)
Renaud Jean. Carnets d’un paysan député communiste par Max Lagarrigue. Le parcours hors du commun d’un Marmandais qui cotoya Lénine, Trotsky, Thorez...