Arkheia, revue d'histoire

Séjour surveillé pour « indésirables français » : Le château du Sablou en 1940, partie I

Par Jacky Tronel
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Article publié dans
Seconde Guerre mondiale
Auteur : est chercheur associé au projet « Prison militaire du Cherche-Midi » à la Maison des Sciences de l’Homme (Paris) et membre du comité de rédaction de la revue Arkheia.

(...) s’explique par l’isolement de cette propriété de 130 hectares : « Cachée dans la forêt Barade, c’est un endroit sûr pour parquer des détenus sans éveiller curiosité et soupçons. »Le 4 septembre de cette même année 1940, sur la commune voisine de Montignac, quatre adolescents partis à la recherche de leur chien fugueur découvrent une grotte qui, en raison de la splendeur de ses ornements, a été baptisée « la Chapelle Sixtine de la préhistoire » : il s’agit de la fameuse grotte de Lascaux. Sous le pseudonyme de Paul d’Hérama, l’instituteur Paul Caillaud relate son arrivée au Sablou. Au début du mois de juin 1940, lui et ses compagnons d’infortune arrivent en gare de Montignac, en provenance de la citadelle de Saint-Martin-de-Ré : « Après la traversée de la ville, ce fut l’ascension sur les hauteurs dominant le paysage, par une route en lacet […] Au bout de quelques kilomètres, au sein d’un massif imposant de hauts arbres, le château du Sablou nous apparut, spacieux bâtiment rectangulaire de deux étages, couvert d’ardoises. Un large espace, transformé en jardin, bordait sa façade, donnant à l’est ; à l’ouest, c’était la cour des internés, avec une citerne au centre, et une aile de dépendances, jadis granges ou écuries, aujourd’hui logements pour surveillés politiques. À l’angle nord des constructions, se dressait une modeste tour reliée à une aile courte de bâtisses, dont les fondations descendaient très bas, formant trois étages en bordure du promontoire où se perchait Le Sablou. Des fils de fer barbelés, cette fois, et non des remparts, nous séparaient du reste du monde. […] Épaisses, hautes, les rangées de barbelés étaient longées par un chemin de ronde où, jour et nuit, cinq sentinelles veillaient, fusil chargé et baïonnette au canon, sans compter le fonctionnaire de garde dans la guérite de l’entrée. Tout proche se tenait le poste de police [poste de garde], occupé par de jeunes militaires de l’active. » La capacité du Sablou est de 225 à 250 internés. « Ce dernier chiffre ne semble pas devoir être dépassé, en raison de l’exiguïté des locaux utiles, explique le commissaire spécial Antz, surtout si l’on tient compte du fait qu’il y a également à loger une trentaine de personnes appartenant aux effectifs d’administration et de surveillance et que certains locaux utilisés pendant l’été ne pourront pas l’être pendant la mauvaise saison. »

Le commandement

Par courrier en date du 1er février 1941, Maurice Labarthe, préfet du département de la Dordogne, adresse au ministre de l’Intérieur quelques renseignements « au sujet des camps d’internés civils français et étrangers de [son] département ». On relève que « le camp du Château du Sablou […] a été créé le 17 janvier 1940, par note no 205/2 du Général commandant la 19e Région ». Du 17 janvier au 20 juin 1940, le commandement est placé (...)



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