Arkheia, revue d'histoire

Séjour surveillé pour « indésirables français » : Le château du Sablou en 1940, partie I

Par Jacky Tronel
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Article publié dans
Seconde Guerre mondiale
Auteur : est chercheur associé au projet « Prison militaire du Cherche-Midi » à la Maison des Sciences de l’Homme (Paris) et membre du comité de rédaction de la revue Arkheia.

(...) d’indésirables, cette surveillance incombera au Ministère de l’Intérieur (Direction Générale de la Sûreté Nationale) et qu’un Commissaire de Police [sera] détaché », conformément à la loi du 17 novembre 1940 relative à la surveillance des camps. Le commissaire spécial Antz est nommé à ce poste. Le 6 novembre, il s’adresse au ministre de l’Intérieur en ces termes : « J’ai l’honneur de vous rendre compte qu’arrivé au Centre de Séjour Surveillé du Sablou le 31 octobre 1940, j’en ai pris la direction effective hier, le 5 novembre 1940, à 10 heures, le commandant militaire qui m’a précédé, le capitaine Daguet, ayant rejoint son corps. À l’appel effectué à la dite heure, 243 surveillés étaient présents sur un effectif de 273 internés, dont douze sont actuellement hospitalisés à Périgueux ou dans d’autres établissements et un en permission régulière. Il manque 18 surveillés dont l’évasion se serait produite entre le 20 octobre et hier… » Le 8 novembre 1940, deux pelotons de gendarmerie sont envoyés au Sablou pour en assurer la surveillance. Ils sont commandés par le lieutenant Theret et viennent en remplacement du détachement du 41e RI qui assurait la garde jusqu’alors. Les conditions d’installation sont précaires. Le commissaire Antz s’en ouvre au commandant militaire de Périgueux : « L’installation des gendarmes serait grandement améliorée par la mise à disposition du camp de cinquante lits en fer avec literie militaire normale (matelas) et de quinze nécessaires de toilette pour sous-officiers (table, cuvette, broc et seau). Par ailleurs, je me permets de rappeler qu’il n’y a aucun WC pour les sous-officiers de la gendarmerie et seulement un WC très rudimentaire pour le personnel d’administration et de direction (la demande d’installation en a été faite il y a quelques jours) et que l’appareil de douches promis au camp n’a toujours pas été installé. »

La population pénitentiaire

Ce camp est principalement « réservé aux communistes français et aux Alsaciens autonomistes », affirme le chef d’état-major de la 12e région militaire, à Limoges. Le 4 février 1941, le colonel Blasselle, commandant militaire à Périgueux, établit la liste nominative des internés du Sablou par arrêté du préfet de la Dordogne. 33 « indésirables » sont cités. Sur le nombre, 25 sont communistes (76 %). Parmi eux Maurice Sentuc, dont l’évasion est signalée le 5 novembre 1940. Une note des Renseignements généraux de Périgueux du 29 avril 1943 donne une idée de l’ampleur des mesures de répression qui, en Dordogne, ont touché les communistes : « Après la dissolution du parti communiste en septembre 1939, son activité se trouve paralysée à la suite des mesures suivantes : les dirigeants et militants les plus en vue sont internés au centre de séjour surveillé au Château du Sablou (environ 24) ; d’autres sont affectés à (...)



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