Arkheia, revue d'histoire

Séjour surveillé pour « indésirables français » : Le château du Sablou en 1940, partie I

Par Jacky Tronel
Retour au sommaire Retour au sommaire
Article publié dans
Seconde Guerre mondiale
Auteur : est chercheur associé au projet « Prison militaire du Cherche-Midi » à la Maison des Sciences de l’Homme (Paris) et membre du comité de rédaction de la revue Arkheia.

(...) des compagnies spéciales, certains militants actifs, employés de la SNCF, sont déplacés. » Pour ce qui est des Alsaciens, un nombre significatif d’entre eux est encore présent au Sablou le 9 août 1940. L’un d’eux, Otto Baron, a déjà été jugé et condamné à cinq ans de prison pour « propos antifrançais ». Les autres Alsaciens internés le sont en qualité de : « suspects au point de vue national », pour avoir tenu des « propos communistes, antinationaux, autonomistes, défaitistes et anti-français », ou encore pour avoir nourri des « sentiments anti-français ». Parmi les internés du Sablou se trouvent quelques militaires démobilisés issus des « compagnies spéciales de travailleurs militaires ». Dans ces compagnies avaient été versés les radiés d’affectation spéciale, mobilisés à l’arrière pour participer à l’effort de guerre. Dans son étude sur La France des Camps, l’historien Denis Peschanski les présente : « C’était le plus souvent des militants communistes et syndicalistes qui avaient suscité un mouvement de revendication ou qui étaient suspectés d’en avoir l’intention. Démobilisés en juillet 1940, ces hommes furent transférés dans des centres de séjour surveillé. Beaucoup se retrouvèrent à Fort-Barraux [Isère]. » Concernant la démobilisation de ces compagnies, consécutivement à l’Armistice, le général de corps d’armée Frère rappelle, dans une note de service du 5 août 1940, que les militaires français affectés à ces compagnies « doivent faire l’objet d’un examen de leur situation par un commissaire spécial en accord avec les préfets. Ceux qui à la suite de cet examen seront classés comme suspects ou dangereux seront démobilisés, mais immédiatement dirigés sous escorte sur le camp du Château du Sablou (Dordogne) où ils seront internés comme civils ». Cinq militaires démobilisés sont concernés par cette mesure : Louis Gautrand, Ernest Coste, Amico, Persicol et Sauveur Sola. L’instituteur de l’Hérault Louis Gautrand rapporte : « Au Sablou, l’arrivée des cinq militaires en uniforme parmi les civils “surveillés” fit sensation. L’armée française était en déroute... Les pourparlers d’armistice à la veille d’être engagés... On nous prit d’abord pour des déserteurs ! Mais je reconnus plusieurs camarades, notamment Marc Dupuy de la Fédération des Cheminots, Louis Bouet de la Fédération de l’Enseignement, directeur de L’École Émancipée... Il y avait de tout dans ce centre : des anarchistes, des trotskystes, des syndicalistes purs, des socialistes... mais les communistes étaient les plus nombreux. » Au nombre des « indésirables » internés au Sablou, se trouvent cinq Tsiganes. Ils sont là par suite de mesures d’internement administratif, tandis que roulottes, femmes et enfants sont cachés dans la forêt alentour. Au château, ils se rendent utiles aux cuisines, sculptent des cannes, (...)


| RECHERCHE |
Plan du site
Témoignages, suppléments, courriers et compléments d'articles...

Découvrez les + d'Arkheia,
un ensemble de contenus exclusifs, à consulter en ligne.
Référence en vente sur ce site
Le livre sur l’Exode : 1940, La France du repli : l’Europe de la défaite sous la direction de Max Lagarrigue, plus de 30 contributions dont Stanley Hoffmann, Jean-Marie Guillon, José Gotovitch...
Vichy État occitan ?
Mémoires libertaires de la Seconde (...) La fin de la Guerre civile espagnole n’a pas signifié la paix, mais la continuation d’une sanglante répression de la part des vainqueurs. Le poteau d’exécution, les longues condamnations à la peine de (...)
Abonnez-vous !

Pour ne rater aucun de nos n°, abonnez-vous ! Seulement 20 € pour une année complète d’Arkheia