Arkheia, revue d'histoire

Séjour surveillé pour « indésirables français » : Le château du Sablou en 1940, partie I

Par Jacky Tronel
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Article publié dans
Seconde Guerre mondiale
Auteur : est chercheur associé au projet « Prison militaire du Cherche-Midi » à la Maison des Sciences de l’Homme (Paris) et membre du comité de rédaction de la revue Arkheia.

(...) tressent des paniers que, par humanité, des sympathisants communistes s’efforcent de vendre dans les villages voisins afin de leur procurer un moyen de subsistance.

Musiciens, leurs violons les accompagnent. Trois d’entre eux figureraient sur une liste d’Alsaciens « titulaires d’une permission accordée en accord avec la commission allemande Kundt, n’ayant pas, malgré la parole donnée avant eur départ, rejoint le Camp du Sablou ». Sur cette liste établie le 10 octobre par le capitaine Daguet, on trouve les noms de Joseph Lagrenée, Wilhem Lagrenée et Johan Lagrenée, tous trois signalés comme « musiciens ambulants sans domicile fixe ». L’absence de registres d’écrou ne facilite pas l’établissement d’une typologie précise de la population carcérale. Selon Madeleine Quéré, les registres auraient été volontairement brûlés par le capitaine Saule, au mois de juin 1940, peu avant l’arrivée des Allemands, mais surtout afin d’éviter qu’ils ne tombent entre les mains des communistes. Ceux-ci avaient en effet de bonnes raisons d’en vouloir au capitaine Saule dont le commandement avait été d’une grande brutalité et dont le mépris affiché à l’égard des communistes était total. Le cas de Paul Kleinert, réfugié alsacien employé à la poudrerie de Bergerac et résidant à Mouleydier, constitue un autre exemple de l’usage qui était fait de l’internement administratif. Le 24 septembre 1940, Paul Kleinert écrit au préfet pour se plaindre de ne pas avoir été, « à ce jour et comme promis », rapatrié sur Strasbourg. Il met également en avant le fait qu’il ne lui est plus possible de vivre avec les dix francs journaliers de l’aide aux réfugiés. Il annonce enfin qu’il est prêt à organiser une manifestation de mécontentement, sous la protection des autorités allemandes qu’il a informées de sa situation. Le 7 octobre 1940, le préfet de la Dordogne adresse une lettre au général commandant la 12e région militaire, résumant ainsi la situation : « Mécontent du retard apporté au rapatriement des alsaciens réfugiés, Kleinert a adressé une lettre de protestation au sous-préfet de Bergerac dans laquelle il exprime son intention d’organiser à Mouleydier une manifestation placée sous la protection des autorités allemandes. Les intentions menaçantes de Kleinert se trouvent confirmées dans un rapport de gendarmerie où il est en outre indiqué que cet individu, animé d’un très mauvais esprit, est dangereux pour l’ordre public. J’estime dans ces conditions qu’il y a intérêt à le placer dans l’impossibilité de nuire jusqu’à ce que son rapatriement puisse être envisagé. » De fait, par arrêté du 7 octobre 1940, le préfet déclare Kleinert « astreint à résider dans le centre de séjour surveillé du Sablou où il sera immédiatement conduit […] vu le décret du 18 novembre 1939 relatif aux mesures à prendre à (...)



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