Arkheia, revue d'histoire

Silvio Trentin et les poètes Lauro de Bosis et Giacomo Leopardi

Par Paul Arrighi
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Article publié dans
Seconde Guerre mondiale
Auteur : a mené un double cursus universitaire, en histoire et en sciences politiques, jusqu’à l’obtention de la maîtrise d’histoire réalisée sur Les Origines et la création du PSU dans la Haute-Garonne (1952-1968). Ayant réussi ultérieurement le concours d’entrée à l’ENA, il poursuit de 1979 à 1992 une carrière d’inspecteur des affaires sanitaires et sociales avant de choisir les fonctions de magistrat. Détaché en qualité d’enseignant l’histoire de 1995 à 2000 à l’Université de Toulouse-le-Mirail il a soutenu en 2005 son doctorat d’histoire sur la biographie du juriste combattant et député devenu exilé politique et libraire à Toulouse, Silvio Trentin.

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C’est à la bibliothèque interuniversitaire alors que je me plongeais avec ferveur dans la lecture des ouvrages des fuorusciti commandés au prêt entre bibliothèques, que je découvris un opuscule de 118 pages, issue d’une conférence prononcée à Toulouse, le 13 janvier 1940 devant le "Cercle des intellectuels Républicains espagnols" par Silvio Trentin. Cette conférence a été prononcée avec la gorge nouée, devant un public d’intellectuels espagnols et catalans, la plupart exilés depuis 1939, et quelques-uns de leurs amis toulousains non mobilisés. L’intense gravité du moment ne les empêchait pas de partager une ferveur commune ce haut moment de culture la culture Européenne intitulée par Silvio Trentin : "D’un poète qui nous permettra de retrouver l’Italie Giacomo Leopardi" (1). L’émotion fut grande pour moi car cet ouvrage me parut comme le frêle esquif rescapé d’un temps de défaites, de souffrances, rendu perceptible par le crépitement des balles de mitrailleuses, des explosions d’ obus s’abattant sur des soldats républicains écrasés par la supériorité des armes et condamné s à la défaite par le mol et lâche abandon des diplomaties. Silvio Trentin avait gravé dans sa mémoire des images récentes qui n’avaient rien à envier aux tableaux grimaça nts de nouveaux Goyas. Il avait tant vu d’images d’avions larguant leurs bombes sur les populations terrifiées et embraser les charniers de Guernica. Il venait de voir passer les longues files de civils, toujours harassés, souvent blessés, emportant leurs rares biens ainsi que les soldats vaincus mais fiers de la "Retirada". Il venait de visiter ces soldats dont parmi eux bon nombre de ses amis de combat, parqués sommairement dans des camps d’infortune. Ces catalans et espagnols, qui s’étaient battus jusqu’au bout des privations et des souffrances endurées, étaient comme écrasés par le sentiment d’avoir été laissés presque seuls à lutter contre les fascismes, unis et comme pétrifiés par un destin d’injustice et d’amertume.

Mais ces premiers déchainements impunis d’injustices et de violences avaient comme ouverts la porte aux trois "furies" de la mythologie grecque et une semaine exactement après la conclusion du pacte de non agression germano-soviétique, signé le 23 août 1939, par Molotov et Ribbentrop, les troupes alleman des se jetaient, dès le 1er septembre, sur la Pologne qu’elles écrasaient sous le nombre des stukas et des chars, par ce que le Général de Gaulle nomma ultérieurement "une force méc anique supérieure". Une armée héroïque, mais bien moins puissante, était défaite. Et il ne nous en reste en guise de témoignage dérisoire que les images du cinéaste Wajda, nous montrant de jeunes cavaliers munis de lances se rendant au combat, à cheval, à la fin de cet été 1939, images d’une fallacieuse et vénéneuse beauté. Staline rendu avide par ce festin de peuples attaqua la Finlande, le 30 septembre 1940, (...)


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