Arkheia, revue d'histoire

Silvio Trentin et les poètes Lauro de Bosis et Giacomo Leopardi

Par Paul Arrighi
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Article publié dans
Seconde Guerre mondiale
Auteur : a mené un double cursus universitaire, en histoire et en sciences politiques, jusqu’à l’obtention de la maîtrise d’histoire réalisée sur Les Origines et la création du PSU dans la Haute-Garonne (1952-1968). Ayant réussi ultérieurement le concours d’entrée à l’ENA, il poursuit de 1979 à 1992 une carrière d’inspecteur des affaires sanitaires et sociales avant de choisir les fonctions de magistrat. Détaché en qualité d’enseignant l’histoire de 1995 à 2000 à l’Université de Toulouse-le-Mirail il a soutenu en 2005 son doctorat d’histoire sur la biographie du juriste combattant et député devenu exilé politique et libraire à Toulouse, Silvio Trentin.

(...) poétique en l’honneur du poète Lauro de Bosis (1901-1931), une référence à la pièce de Percy Shelley, Prométhée délivré, ou le poète anglais nous délivre le message suivant : "Regarde cette terre ou pullulent tes esclaves, dont tu récompenses l’adoration à genoux (...)

Nul doute que de tels traits enflammés lancés contre la tyrannie émurent le jeune professeur qui fut contraint de exiler de son pays à quarante et un an ne pouvant plus supporter l’atmosphère de raréfaction des libertés et de persécutions menées à l’encontre des opposants de la dictature des faisceaux qui s’était installée en Italie. Il est d’ailleurs remarquable que dans l’une des premières lettres écrites de Pavie dans le Gers à son ami Gaetano Salvemini, Silvio Trentin lui ait confié : "Je suis en France depuis une vingtaine de jours (...) dans l’espoir de trouver enfin un peu de paix et de jouir à peins poumons de la Liberté". Mais son premier écrit sur la poésie est à mettre en relation avec la disparition tragique et le sacrifice de sa vie d’un poète italien, Lauro De Bosis, qui enflamma l’esprit de Silvio Trentin. En effet, Lauro de Bosis, lui même fils du poète Adolfo de Bosis, longtemps exclusivement adonné aux lettres et à l’enseignement des humanités à l’Université d’Harvard, fut ébranlé par l’exécrable réputation du régime fasciste et se lança impétueusement dans une action politique idéaliste en créant l’Alliance nationale. Il mit tout en oeuvre pour faire parvenir en Italie des tracts et des brochures. Or, à la suite de l’arrestation et des condamnations de lourdes peines de prison de sa mère et de ses amis, il décida de s’engloutir dans les flots aux commandes de son avion Pégase après avoir jeté, le 3 octobre 1931, au dessus Rome une moisson de plusieurs milliers de tracts antifascistes, plutôt que de se rendre et de souffri r le déshonneur. Cette action d’éclat qui engageait l’être humain dans sa vie même émut fortement Silvio Trentin. En octobre 1931, quelques jours après le sacrifice du poète Lauro de Bosis, Silvio Trentin eut l’occasion de s’entretenir à Auch avec l’un de ses amis et camarade du parti libéral la democrazia sociale, Vittorio Ronchi, venu le rencontrer. Ce lui-ci put constater son émotion et même sa souffrance devant ce que Silvio Trentin interpréta comme le "consentement (du plus grand nombre) au régime."

Silvio Trentin fut aussi indigné par le silence gardé par une presse italienne étroitement contrôlée mais aussi par la relative absence de réaction du "geste" de Lauro de Bosis dans la presse internationale. Son tempérament et son besoin d’action s’accommodaient mal de la résignation et des inévitables compromis de la vie politique. Le besoin de dépasser les limites strictes de l’action politique, et même du combat militant qu’il n’abandonna pourtant jamais, poussa certainement Silvio Trentin à rendre hommage à Laur o de Bosis et à faire à son tour (...)



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