Arkheia, revue d'histoire

Staline assassine la Pologne par A. Viatteau

Par Nicole Roger-Taillade
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Article publié dans
Critiques de livres
Auteur : Nicole Roger-Taillade maître de conférences en littérature à l’université Toulouse-Le-Mirail.
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(...) l’aveuglement occidental " (p. 240), contribuant largement à rétablir une histoire véridique de la Pologne. On se permettra d’exprimer tout de même quelques regrets : sur l’absence de cartes ou plans précisant la localisation géographique de pays, de provinces, de villes, dont les dénominations ou l’appartenance changèrent au cours des décennies ; sur l’absence de bibliographie : le polonais a beau être une langue peu étudiée dans les pays occidentaux, c’est créer un cercle vicieux que de poser le principe que personne ne lira les ouvrages utilisés ; sur les références insuffisantes, voire inexistantes (" selon les archives " p. 37 ; " dans d’autres archives " p.179 : deux exemples parmi beaucoup d’autres ) ; sur certains raccourcis d’expression, qui induisent un jugement de valeur. Généralement, Viatteau " traduit ", entre parenthèses, la langue de bois communiste ; mais il lui arrive de commenter, sans préciser qu’elle traduit (un exemple, p.143 : " en vue de le faire passer en jugement, c’est-à-dire par les armes "). On se prend à souhaiter un lexique du " double langage " soviétique, aussi éclairant sans doute que le newspeak d’Orwell... Sur le flou qui nous paraît entourer l’apport des deux collaborateurs de Viatteau : le polonais Stanislaw Maria Jankowski, membre de la Commission d’Etat d’études des crimes contre la nation polonaise (p.46), et le russe Youri Zoria, ancien officier du renseignement militaire soviétique (p.28), dont le père fut assassiné pendant le procès de Nuremberg (p.64). Les recherches et les travaux de ces deux hommes sont très souvent mentionnés, mais sans précision suffisante, sans indication des sources elles-mêmes ; sur la faiblesse du chapitre de conclusion, qui distingue " droit international " et " droit des gens ", alors que ce dernier terme est l’appellation ancienne, étymologique, du premier : droit des nations, jus gentium. On eût aimé que le livre, par ailleurs solidement documenté, s’en tienne à un discours implacablement " historique ", laissât de côté le débat sur le " génocide polonais " perpétré par les soviétiques. L’accumulation des crimes de guerre, crimes contre l’humanité, l’évidence de l’extermination, de la liquidation de groupes entiers de la population polonaise suffisent d’eux-mêmes à conduire au veau exprimé par l’auteur : qu’un tribunal international juge les crimes commis contre la nation polonaise par le pouvoir soviétique, de la même façon qu’à Nuremberg furent jugés les criminels nazis, et qu’après cela encore se poursuive, par tous les moyens, la dénonciation du mensonge politique, partout où celui-ci sévit, séduit et fascine les esprits non prévenus.

Alexandra Viatteau, Staline assassine la Pologne. 1939-1947 , Paris, Seuil, "collection archives du communisme", 1999, 343 p, 160 F. 

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