Arkheia, revue d'histoire

Tamara Volkonskaïa : une « Princesse rouge » en Périgord

Par Hervé Dupuy
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Article publié dans
Arkheia 23-24
Auteur : Hervé Dupuy st historien, prépare un ouvrage sur la présence des Soviétiques dans le Limousin en 1943-1945.

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Qui était Tamara Alexéevna Volkonskaïa ? Une princesse ? Une aventurière ? Un agent des services soviétiques ? Nul ne le sait vraiment. Retracer son destin implique le recours permanent au conditionnel. On est seulement certain de deux choses : la première est que cette égérie des Francs-tireurs et partisans du Limousin et du Périgord mourut en France en juin 1967 ; la seconde est que le Présidium du Soviet suprême de l’URSS lui décerna, à titre posthume, l’Ordre de la guerre nationale de seconde classe.

date de naissance de Tamara Volkonskaïa est une première donnée incertaine. Si elle a toujours affirmé être venue à la vie en 1900, le 11 août, à Saint-Pétersbourg, les pièces délivrées par les autorités françaises indiquent l’année 1895. Simple coquetterie de sa part, ou boulette administrative ? L’un des aïeuls de Tamara, Pierre Chirinski-Chikhmatov, fut, de 1850 à 1853, ministre russe de l’Instruction publique. La famille possédait des terrains pétrolifères et son propre père était un officier supérieur de l’armée tsariste. Sa mère, Natalia Cherwachidzé, était en revanche d’origine géorgienne, ascendance qui explique, selon l’intéressée, « son goût marqué pour le danger ou plus exactement pour tout ce qui revêt un caractère guerrier ». Cette origine expliquerait aussi les rapports privilégiés que Tamara entretiendra plus tard avec les Géorgiens passés à la résistance en Dordogne.

Mystère biographique

Tamara Chirinskaïa-Chikhmatova eut cinq frères et une soeur. En 1914, elle aurait contracté un engagement volontaire au 14e régiment de Cosaques du Don en se faisant passer pour un jeune homme après avoir coupé ses cheveux. Ce subterfuge n’aurait été découvert que quelques mois plus tard, à l’hôpital de Saint-Pétersbourg où elle avait été dirigée à la suite d’une blessure de guerre. Si nous nous fions à la date de naissance qu’elle revendique, Tamara se serait donc engagée à 14 ans, ce qui confirmerait l’hypothèse d’un mensonge sur son âge. Après sa guérison, Tamara suivit des cours d’infirmière à l’issue desquels elle fut affectée, en cette qualité, au 17e régiment de Cosaques du Don. Cependant, avant de regagner son unité, Tamara épousa, le 15 mai 1916 à Varsovie, un officier de cavalerie, le prince Alexis Wolkonsky. Sur cette question, son biographe soviétique, G. Netchaïev, indique qu’elle ne s’engagea sur le front du Caucase qu’en 1917 – et en tant que soeur de charité au 1er régiment de cavalerie caucasienne 1. Quoi qu’il en soit, la seconde partie de la guerre fut pour elle une période de rupture : ses parents disparurent et quatre de ses frères furent tués au front, le cinquième étant officiellement porté disparu. De sa soeur, Tamara n’aura plus jamais de nouvelles à partir du déclenchement de la révolution russe. La suite du parcours de notre héroïne fait l’objet de (...)


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