Arkheia, revue d'histoire

Tipasa, 1960

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Article publié dans
Arkheia n°2-3
Auteur : André Aribaud est enseignant honoraire de sciences naturelles.

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Sur les traces de Camus qui avait visité Tipaza en temps de paix, l’auteur revient sur les ruines paléo-chrétiennes en des circonstances bien différentes, celles de la guerre d’Algérie. “ Au printemps, Tipasa est habitée par les dieux et les dieux parlent dans le soleil et l’odeur des absinthes, la mer cuirassée d’argent, le ciel bleu écru, les ruines couvertes de fleurs et la lumière à gros bouillons dans les amas de pierre, les yeux tentent vainement de saisir autre chose que des gouttes de lumière et de couleurs qui tremblent au bord des cils . A peine peut-on voir, au fond du paysage, la masse noire du Chenoua qui prend racine dans les collines autour du village, et s’ébranle d’un rythme sûr et pesant pour aller s’accroupir dans la mer“. 1

Albert Camus vient de se tuer. Bêtement.. La voiture qui le transportait a heurté, à grande vitesse, un platane, prés de Villeblevin. Le sentiment de l’absurde, la conscience des limites et de la mort posent en moi leur problématique morale. Pourquoi cela m’interpelle-t-il ainsi, à ce moment ? Je vis à Alger depuis quelques mois.2 Au jour le jour. Aux premières loges des événements. Depuis le 16 septembre 1959, de Gaulle désire que le recours à l’autodétermination soit proclamé. L’intermède des barricades, essentiellement algérois, a tourné court. L’Algérie française change d’âme. Elle ne se bat plus pour l’avenir. Elle ne vise qu’à survivre. Décidément, la grande fêlure entre militaires et pieds-noirs date des barricades. Cette semaine de fin janvier 1960 apparaît bien comme l’une des étapes majeures de la guerre d’Algérie. Une guerre dont l’issue est à présent inéluctable. L’Algérie sera indépendante, puisque de Gaulle le veut. Mais de cette marche vers l’indépendance, quelles seront les péripéties ? “ Il n’y a pas d’amour de vivre sans désespoir de vivre... Le grand courage, c’est encore de tenir les yeux ouverts sur la lumière comme sur la mort. “ 3 Le 5 janvier 1960, l’Echo d’Alger et Alger- Républicain annoncent dans leurs manchettes la mort d’Albert Camus. A la bibliothèque de la garnison, square Bresson, j’ai emprunté L’Etranger, la Peste et l’Homme révolté. Je rencontre Edmond C..., agrégé d’espagnol, qui comme moi, effectue son temps légal en Algérie. Il cite, de mémoire, cette phrase de Camus : “ Je crois que cela m’est égal d’être dans la contradiction “. Pour de Gaulle, c’est ainsi. Après les barricades, les militaires commencent à s’inquiéter : “ Et si les pieds-noirs avaient raison ? “. Bien informé, de Gaulle perçoit le malaise. En mars, il effectue une seconde tournée des popotes, se voulant réconfortant auprès des jeunes officiers qui l’écoutent. “ Moi vivant, le drapeau vert et blanc ne flottera jamais sur Alger “. De Gaulle est vraiment un très grand acteur. Combien lui reprocheront un cynisme (...)


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