Arkheia, revue d'histoire

Trois questions sur...L’Epuration : sauvage ou légale

Par Max Lagarrigue
Retour au sommaire Retour au sommaire
Article publié dans
Arkheia n°14-15-16
Max Lagarrigue est historien, directeur de la revue arkheia. Auteur notamment de 99 questions... Les Français durant l’Occupation (CRDP Montpellier, 2008).

Page suivante

L’Épuration demeure encore un sujet tabou dans l’histoire française. Période trouble où l’on veut juger les coupables de la Collaboration. On distingue deux temps : une épuration dite « sauvage » et l’autre légale qui se clôture avec les lois d’amnistie. Cette dernière, loin d’avoir été clémente, a tout de même fait exécuter 1 500 Français.

Photo interdite à la reproduction sous peine de poursuite

L’Épuration représente l’ensemble des poursuites —judiciaires et extrajudiciaires — contre les Français qui ont col-laboré, trahi ou ont eu avec l’ennemi un comportement jugé répréhensible. La période de l’Épuration est, à tort, cantonnée aux années 1944-1945. Si certaines condamnations ne s’arrêtent qu’en 1953 avec la dernière loi d’amnistie générale, l’Épuration débute bien avant la Libération. Selon Pierre Laborie, 25% des exécutions « sauvages » effectuées par la Résistance sont antérieures au 6 juin 1944. Dans la zone des maquis, ce pourcentage moyen est dépassé : 45% pour la Saône-et-Loire, 40% pour l’Ain et le Jura, 37% pour le Lot et la Haute-Garonne. Cette épuration, qualifiée de « sauvage », a pris parfois des tournures très contestables. Les épurés ne sont pas toujours des collaborateurs ou des vichystes notoires. Ainsi, le 1er octobre 1943, des FTP attaquent la prison de Puy-en-Velay (Haute-Loire) et délivrent 79 prisonniers politiques, parmi lesquels figurent cinq militants trotskistes, dont Pietro Tresso, fondateur du Parti communiste italien. Pour endiguer l’épuration « sauvage », le GPRF met en place trois juridictions spéciales qui s’ajoutent au tribunaux militaires : les cours de justice, les chambres civiques et la Haute-Cour de justice.

La relative clémence de cette dernière institution, qui a en charge le juge-ment des principaux caciques de l’État français —41% sont acquittés ou obtiennent un non-lieux et moins de 2% sont exécutés (Brinon, Darnand, Laval)—, ne se retrouve pas dans les deux autres instances qui ont en charge 310000 dossiers. Elles condamnent plus de 50000 personnes à l’indignité nationale (privation des droits civiques et politiques) et 40000 à des peines de prison ou de travaux forcés. Les peines de mort représentent à peine 2% du total mais concernent tout de même 6763 prévenus. Le général de Gaulle en commue 1303 (20%) et le total des exécutions effectives s’élève à 11% (767 exactement). Ainsi, l’épuration légale, à laquelle il faut ajouter près de 800 prévenus passés par les armes après condamnation des tribunaux militaires, concerne un peu plus de 1500 personnes. La France est le pays d’Europe occidentale qui a requis le plus l’exécutions au détriment de la prison ; elle est également la seule, avec l’Italie, à avoir connu une épuration extra-judiciaire.

L’Épuration s’étend également aux différents secteurs professionnels, (...)


Page suivante


| RECHERCHE |
Plan du site
Témoignages, suppléments, courriers et compléments d'articles...

Découvrez les + d'Arkheia,
un ensemble de contenus exclusifs, à consulter en ligne.
Les prisons militaires
Découvrez le blog de Jacky Tronel
1940, le Sud-Ouest dans la tourmente
Pierre Laborie, la France sous (...) Historien spécialiste de l’Occupation, Pierre Laborie a consacré ses travaux à l’imaginaire et aux phénomènes d’opinion dans la France de Vichy. Son dernier livre, Le Chagrin et le Venin (Éditions (...)
Abonnez-vous !

Pour ne rater aucun de nos n°, abonnez-vous ! Seulement 20 € pour une année complète d’Arkheia