Arkheia, revue d'histoire

Trotsky en Corrèze, histoire d’une rumeur

Par Gilbert et Yannick Beaubatie
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Article publié dans
Arkheia 23-24
Auteur : Gilbert et Yannick Beaubatie sont auteurs de Trotsky en Corrèze. Généalogie d’une rumeur.

Alors qu’il était pourchassé par les sbires de Staline en 1934, Léon Trotsky a-t-il trouvé refuge au château de Bity, devenu, en 1969, la propriété de Jacques Chirac ? C’est ce qu’affirment encore aujourd’hui des journalistes et la plupart des biographes de l’ancien chef de l’État, puisant dans les affabulations d’une certaine presse des années trente. Généalogie d’une rumeur sans fondement historique.

Le 15 janvier 1997, Le Canard enchaîné 2, reprenant une information du Figaro, évoquait un épisode peu connu de l’histoire corrézienne : « Le Seigneur de Bity, par ailleurs président de la République, est allé, accompagné de Madame, présenter ses voeux à ses villageois de Sarran (Corrèze). Après quoi tous deux ont dormi dans leur Château-Chirac. Un manoir au passé étrange, selon Le Figaro. Dans les années trente, il appartenait à un colonel anglais retraité de l’Intelligence Service, l’honorable William-Noël-Lucas Shadwell, qui y accueillit pendant l’hiver 1934 Trotsky pourchassé par les agents du Kominterm. Dans les greniers de Château-Chirac, le fantôme de Trotsky poursuivi par le spectre de Staline hante-t-il parfois les nuits de Bity ? » Cependant, dès le numéro suivant, le journal devait apporter un démenti à cette affirmation : « L’histoire reprise du Figaro, dans un “ Vite dit ” de la semaine dernière, selon laquelle Trotsky aurait résidé à Bity, dans le futur Château-Chirac, alors propriété d’un colonel anglais pendant l’hiver 1934, est purement imaginaire, nous affirme un lecteur du Canard. Trotsky ne pouvait être venu en Corrèze car il fut assigné à résidence par le ministre de l’Intérieur chez un instituteur de Domène, en Isère, de juillet 1934 à juin 1935, date de son expulsion vers la Norvège. Voilà donc au moins un fantôme qui ne hante pas le château de Chirac… »

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