D’abord celle qu’entretinrent les communistes par la négation directe et leur « travail d’amnésie » ; ensuite une négation d’ordre « géopolitique » comme celle d’Édouard Herriot qui désirait développer les relations franco-soviétiques et pour cela était prêt à mentir ; enfin une négation de complicité de la part des dictatures : l’Italie mussolinienne et de l’Allemagne nazie qui étaient très satisfaites de leurs excellentes relations avec la Russie soviétique. Il serait temps que cette catastrophe, moment essentiel de l’histoire soviétique, trouve enfin sa place dans l’histoire des génocides du XXe siècle, inaugurée par le massacre des Arméniens en 1915. Au moment même où la famine avait lieu, les faits étaient connus. La presse française et étrangère publièrent de nombreux documents mais cette entreprise d’extermination ne fut pas considérée dans son ampleur et son horreur, en raison du silence imposé par l’État soviétique et du caractère extraordinaire de l’événement : un État acculant consciemment à la mort des millions de ses citoyens était à proprement parler inimaginable. « J’ai encore un souvenir terrible : celui d’une fille […] emportant au cimetière sa mère encore vivante ; elle l’a placée sur une brouette, ses mains traînant parterre… les gens la regardaient passer, lui faisant honte, lui disant : “Pour l’amour de Dieu, ne fais pas cela. » Et elle de répondre : “Elle mourra demain de toute façon ! ” » […] « Nous, les enfants, allions glaner dans les champs. C’était considéré comme un vol du bien socialiste […] Ineptie : les épis pourrissaient sur place mais on n’avait pas le droit de les ramasser. » […] « Trois enfants étaient déjà morts. Les komsomols [les jeunes communistes] sont venus chercher le blé, ils ont creusé sous le poêle, dans la grange, détruit le sol, ils sont allés fouiller dans le grenier. Est-ce qu’ils ne voyaient pas que le père et les enfants étaient déjà mort ? » Ces trois extraits de témoignages, parmi tant d’autres de même nature, sont tirés d’un recueil publié en 2000 . Il donne l’idée de la violence propagée consciemment par les autorités soviétiques dans les campagnes. Leur caractère insoutenable ne doit pas être aujourd’hui un obstacle à l’appréhension d’une catastrophe qui conduisit des individus à l’anthropophagie, phénomène attesté par l’existence d’une affiche (...)
Manuel Azaña et la France sous la direc. de Jean-Pierre Amalric. Autour des meilleurs spécialistes et témoins, tout sur le rapport de l’ancien chef d’Etat avec la patrie de Molière