Arkheia, revue d'histoire

Ukraine 1932-1933, une famine programmée

Par Jean-Louis Panné
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Article publié dans
Arkheia n°7-8-9
Auteur : Jean-Louis Panné est historien spécialiste du communisme. Il est l’un des coauteurs du Livre noir du communisme (Robert Laffont, 1997) et également publié Boris Souvarine (Robert Laffont, 1993).

(...) la mort celui qui glanera dans les champs quelques épis (« vol de la propriété socialiste ») . La famine s’installe, elle touche même les kolkhoziens. On estime qu’au printemps 1933, il mourait 25 000 personnes par jour. Alerté par des membres du parti, des écrivains, Staline laisse faire et, au contraire, fait imposer de nouveaux quotas de livraison de blé. Parmi les victimes d’une mort atroce : la mort lente par la faim, il y eut 3 millions d’enfants souvent groupés par centaines dans des mouroirs. Parfaitement informé de ce qui se passe, le consul italien de Kharkov rapporte : « Depuis une semaine on a mobilisé les dvorniki [les portiers] en blouse blanche qui patrouillent en ville, recueillent les enfants et les amènent au poste de police le plus proche, souvent au beau milieu des scènes de désespoir, de hurlement, de larmes. Devant le consulat, il y a un poste de police. À chaque instant on entend des cris désespérés : “Je ne veux pas aller aux baraques de la mort, laissez-moi mourir en paix.” Vers minuit on commence à les transporter en camion à la gare de marchandise de Severno Donec. C’est là qu’on rassemble aussi les enfants recueillis dans les villages, ou trouvés dans les trains, les familles de paysans, les personnes isolées plus âgées, ratissées en ville pendant la journée. Il y a du personnel médical (ce sont les héros du jour, m’a dit un médecin ; on compte parmi eux jusqu’à ce jour 40 % de morts de typhus contracté pendant le service) qui fait la “sélection”. Ceux qui ne sont pas encore enflés et offrent quelque chance de pouvoir se remettre sont dirigés vers les baraques de Holodnaja Gora, où dans des hangars, sur la paille agonise une population de près de 8 000 âmes, composée essentiellement d’enfants. »

L’État et sa police imposent le silence et inaugure une politique systématique d’effacement des traces : les registres d’état civil sont trafiqués pour ne pas laisser apparaître les vrais causes des décès. Lors de la famine en Ukraine, nombres de méthodes et de procédés utilisés par les nazis sont déjà présents. Le co-directeur du Livre noir sur l’extermination scélérate des Juifs… : Vassili Grossman, dont la mère fut tué par les nazis dans le Ghetto de Berditchev en 1941, avait parfaitement saisi une profonde parenté entre la catastrophe subie par l’Ukraine et la Shoah. En toute connaissance de cause, il fait dire à l’un de ces personnages : « Mais moi, je disais : Ce ne sont pas des êtres humains, ce sont des koulaks. Et plus j’y pense, plus je me demande qui a inventé ce mot : les koulaks. Est-il possible que ce soit Lénine ? Quelle damnation il encourt !… Pour les tuer, il fallait déclarer : Les koulaks, ce ne sont pas des êtres humains. Tout comme les Allemands disaient : les Juifs, ce ne sont pas des êtres humains. C’est ce qu’on dit Lénine et Staline : les koulaks, ce ne sont pas des êtres (...)



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