Arkheia, revue d'histoire

Un vélo pour la Liberté

Par François-Henri Soulié
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Article publié dans
Arkheia n°22
Auteur : metteur en scène et comédien, François-Henri Soulié vient d’écrire dans le cadre de la brouse Olympe de gouges, 2010, qu’il a remporté une pièce sur la résistante tarn-et-garonnaise.

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La Ville de Montauban a créé une bourse Olympe de Gouges perpétuant l’engagement de cette révolutionnaire montalbanaise morte sur l’échafaud pour avoir proclamé les Droits de la Femme et de la Citoyenne. Lorsque la comédienne Marie Gulla et moi-même avons souhaité participer à ce concours, la figure emblématique de Marie-Rose Gineste s’est immédiatement imposée comme une évidence. Son destin, heureusement moins tragique que celui d’Olympe de Gouges, nous a paru porteur des mêmes valeurs humanistes et digne d’être partagé avec la jeunesse actuelle. A une époque où le « travail de mémoire » n’intéresse guère que ceux qui le font, il nous a semblé que le théâtre pouvait agir sur les consciences avec une forte charge émotionnelle et donner à l’Histoire un relief actuel et vivant particulièrement efficace.

L’individualisme consumériste dans lequel l’économie de marché et sa publicité nous ont enfermés, a réussi à détourner l’humain de sa dimension sacrée mieux qu’aucune idéologie totalitaire n’avait pu le faire jusqu’à aujourd’hui.

C’est, à l’évidence, en puisant dans sa foi religieuse que Marie-Rose Gineste a résisté à la barbarie nazie. D’autres ont agi de même en s’appuyant sur une foi politique. Nous faisons nôtre le désaveu des religions et des idéologies, dans tout ce qu’elles ont pu avoir de mortifère, mais nous pensons en revanche que l’émergence d’une spiritualité laïque permettrait encore d’espérer en l’aventure humaine. En ce sens, la vie de Marie-Rose Gineste nous semble exemplaire. En nourrissant notre écriture de ses propres écrits, des interviewes qu’elle a accordées et aussi des témoignages de ceux qui l’ont approchée, nous avons essayé de rendre sensible ce que peut être une vie fondée sur l’exigence de la dignité.

Loin d’une reconstitution historique ou d’une biographie « romancée », la pièce s’est attachée à montrer cette femme dans un quotidien contemporain, face à une jeune fille moderne, totalement étrangère à l’Histoire et au passé. Leur confrontation allait permettre le dialogue et la tension dramatique nécessaires sur la scène.

C’est ainsi que sans jamais trahir la dimension chrétienne de son engagement, le théâtre a pu mettre en relief la formidable vitalité du mythe d’Antigone dont elle est une parfaite incarnation. Marie-Rose Gineste est, en effet, celle qui dit non aux lois de la Cité, quand les lois sont ignobles. Elle est jeune, sans arme, démunie et c’est avec la seule force de sa conscience et de son courage qu’elle va entrer en rébellion et s’opposer à l’inacceptable. Bénéficiant d’une chance hors du commun, elle traverse indemne des situations où beaucoup d’autres ont laissé leur vie. Certes, il n’y a pas là une grande matière dramaturgique. Cependant, la constance même de son cœur fait apparaître une personnalité (...)


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